Peter GAIDA

 

 

"Saatkorn verstreut in die Winde.

Wissen wer immer es finde."

(Norbert Elias)

 

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Le STO des « Indigènes » :

le travail forcé dans les colonies françaises 1900-1946

 

Le travail forcé des Français dans le cadre du Service du travail obligatoire (STO) durant le Second Conflit mondial a suscité ces dernières années de nombreux travaux. Ces travaux  s´inscrivent dans une recherche internationale portant sur le travail forcé en Europe occupée et qui a abouti outre Rhin à la création d´un fonds d´indemnisation au profit de plusieurs milliers d´anciens travailleurs forcés de l´Est de l´Europe[1]. 

 

Demeure moins connu l´impact du travail forcé dans les colonies. Une récente publication allemande démontre que, durant la Seconde Guerre mondiale, des milliers de soldats d´Afrique et d´Asie ont combattu aux cotés des deux belligérants. Les colonies sont devenues des champs de bataille, ont contribué à la production de guerre et ont livré à ce titre bon nombre de matières premières. En outre, des millions de sujets coloniaux ont servi en tant que soldats et travailleurs forcés. Or, ceux-ci ont souvent été moins bien payés, nourris, logés et traités que leurs camarades européens. Cette inégalité de traitement a même provoqué des grèves et des révoltes, qui ont été brutalement réprimés, puis étouffés par les autorités coloniales [2].

 

Comme l´a constaté l´historien Elikia M’Bokolo, le travail forcé a été généralisé sur le continent africain, de la fin du XIXe siècle à la fin de la Seconde Guerre mondiale[3]. Ce constat concerne en particulier l´empire colonial français. Un élément-clé de la gouvernance coloniale française est le travail obligatoire. Selon le Code d´indigénat, tout homme entre 18 et 60 est obligé de mettre en disposition sa force de travail pour quelques jours, notamment pour des projets d´intérêt général, à l’instar de la construction des chemins de fer. Malgré les efforts de l´Organisation internationale du travail qui interdisait par une convention de 1930 le travail forcé, la France pratiquait dans ses colonies jusqu´en 1946 un service de travail obligatoire sous forme de « prestations ». Or cette pratique n´a suscité que peu d´études françaises et les travaux africains restent régionaux sans vue d´ensemble[4].

 

Le projet de recherche a donc pour but d´étudier le travail obligatoire des sujets coloniaux dans son ensemble, et notamment pour la période de la Seconde Guerre mondiale. Il représente la suite de notre thèse qui démontre que le travail obligatoire ne concerne pas seulement les étrangers, mais également les sujets coloniaux. En détail, le projet envisage d’étudier les éléments suivants : 

 

1.     Organisation internationale du Travail et le travail obligatoire

2.     Le Code d´indigénat et le travail

3.     Le « Service de la Main-d´oeuvre des Travaux d´Intérêt Général » à Madagascar

4.     Les « prestataires » en Afrique Occidentale Française

5.     Le travail obligatoire en Afrique Equatoriale Française

6.     Le chemin de fer transsaharien en Afrique française du Nord

7.     Les recrutements forcés en Indochine

8.     Le travail obligatoire des « indigènes » sous le régime de Vichy

 

La politique française de recrutement des « indigènes » est basée sur le Code d´indigénat qui, introduit en 1887, imposait des « prestations » comme mesure répressive. En octobre 1925, cette pratique est introduite en Afrique Occidentale Française (AOF) et, malgré l’interdiction du travail forcé par l´Organisation internationale du travail en 1930, la Troisième République continue d´exiger des prestations pour des travaux d´intérêt général. Ce n´est qu´en 1946 que le général de Gaulle interdit le travail forcé dans toutes les colonies. Ce rapide panorama démontre que le travail obligatoire fut durant un demi-siècle une pratique légale dans les colonies françaises[5].

 

Le 30 juin 1930, l´Organisation international du travail adopte une convention qui engage les Etats signataires à « supprimer le travail forcé ou obligatoire sous toutes ses formes » [6]. Six ans plus tard, elle adopte une nouvelle convention qui règle le recrutement de la main-d´œuvre dans les colonies. Ces efforts internationaux cherchent à imposer la fin du travail forcé, en particulier dans les colonies françaises. Mais la convention n’est pas signée par la Troisième République[7].

 

Le projet de recherche pose la question centrale de la nature et de l´importance (quantitative) du travail forcé dans les colonies françaises. Afin d’y répondre, il est indispensable d´examiner le travail obligatoire dans les colonies françaises durant la première moitié du 20e siècle. La France disposait alors du second empire colonial au monde, enraciné en Afrique, Madagascar et Indochine. Dans toutes ses colonies, le recrutement forcé des tirailleurs et des travailleurs fut une pratique légale très répandue.

 

L´historien sénégalais Babacar Fall a analysé la pratique du travail obligatoire en Afrique  Occidentale Française, d´abord pour le « portage », ensuite pour toute sorte de travaux, notamment la construction des chemins de fer[8]. Quant à l´Afrique Equatoriale Française, nous ne disposons que d´une seule étude et le travail obligatoire en Afrique du Nord, en Indochine et au Madagascar reste encore mal connu.

 

Notre thèse démontre qu’une telle pratique existe en Indochine et qu’un service du travail obligatoire reste en vigueur au Madagascar jusqu´en 1926[9]. Quant à l`Afrique du Nord, le régime de Vichy entreprend la construction du chemin de fer transsaharien qui emploie, à coté d’étrangers, des nombreux « indigènes ». Enfin, il convient d´examiner la situation des sujets coloniaux en France     durant la Seconde Guerre mondiale.

 

Les recherches portant sur ce sujet restant peu développées, il nous semble indispensable de consulter, à coté de la bibliographie existante, les archives disponibles. Les Archives nationales et militaires possèdent de nombreux documents sur le sujet. Certains sont disponibles aux Archives nationales du Sénégal. Le projet nécessite une recherche d’une durée d’environ 12 mois, d´abord pour la consultation des archives, puis pour la rédaction. Pour l´accueil en France, nous envisageons une coopération entre l´université de Brême et le Centre d´histoire sociale du 20e siècle (Paris 1). Dès que cet accord sera conclu, nous fournirons une attestation du laboratoire d’accueil ainsi qu´une   attestation de thèse.

 

Au total, le projet entend présenter une vue d´ensemble du travail obligatoire des « indigènes » dans les colonies et en métropole, la période vichyste faisant l’objet d’une attention particulière. C’est ainsi que deux aspects encore peu étudiés de l’histoire coloniale française seront analysés en détail : la place du travail (forcé) dans la gouvernance des espaces coloniaux français et l’intégration des colonies dans les enjeux économiques et politiques du Second Conflit mondial.

 

[1] B. Garnier / J. Quellien (dir.), La main-d'oeuvre française exploitée par le IIIe Reich, Caen, 2003. Sur la recherche outre-Rhin,Mark Spoerer, Zwangsarbeit unterm Hakenkreuz, DVA, 2002

[2] Assoziation a (dir.), Unsere Opfer zählen nicht. Die Dritte Welt im Zweiten Weltkrieg, Cologne, 2005 (« Nos victimes ne comptent pas. Le tiers-monde dans la Seconde Guerre mondiale »)

[3] L`Histoire, n° 302, octobre 2005.

[4] Christian Mamfoumbi, Contribution à l’étude du travail forcé en Afrique Equatoriale Française dans l’entre-deux-guerres, 1984 ; Léon Kaptue, Travail et main-d’œuvre au Cameroun sous régime français, 1986 ; Babacar Fall, Le travail forcé en Afrique Occidentale Française 1900-1946, 1993.

[5] Décret du 30 septembre 1887 « portant répression, par voie disciplinaire, des infractions spéciales aux indigènes non-citoyens français », décret du 21 août 1930 « pour réglementation du travail public obligatoire aux colonies », loi du 11 avril 1946 « abolissant le travail forcé ou obligatoire ».

[6] Organisation internationale du travail, convention sur le travail forcé ou obligatoire (C 39), 1930.

[7] Organisation internationale du travail, convention sur le recrutement des Indigènes (C 50), 1936.

[8] Babacar Fall, « Le travail forcé en Afrique Occidentale Française », Karthala (1900-1946), 1993. 

[9] Genese Sodikoff, « Forced and Forest Labor Regimes in Colonial Madagascar 1926-1936 », in Ethnohistory, 2005, p. 407-435.

 

 

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