Peter GAIDA

 

 

"Saatkorn verstreut in die Winde.

Wissen wer immer es finde."

(Norbert Elias)

 

 


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Législation concernant le travail forcé aux colonies françaises

30/09/1887                    Décret relatif à la répression par voie discipli­naire des infractions commises par des indigènes non ci­toyens français (« régime de l’indigénat »)

09/01/1899                          Arrêté réglementant les prestations en Nouvelle-Calédonie

23/12/1904                          Arrêté réglementant les prestations en Océanie

25/10/1912                          Arrêté réglementant les prestations en AOF

12/05/1914                          Arrêté réglementant les prestations au Laos

20/09/1917                          Arrêté réglementant les prestations au Cambodge

03/10/1920                          Arrêté réglementant les prestations à Madagascar

04/05/1922                          Décret réglementant le régime de travail indigène en AEF

27/05/1922                          Décret règlementant le travail indigène aux Nou­velles-Hébrides

03/07/1922                          Arrêté réglementant les prestations au Togo

04/08/1922                          Décret réglementant le travail indigène au Togo

29/10/1922                          Décret réglementant le travail indigène au Cameroun

29/05/1924                          Décret réglementant les conditions d’engage­ments en Océanie

07/01/1925                          Arrêté réglementant les prestations en AEF

07/01/1925                          Arrêté créant une direction de la main-d’œuvre employée aux travaux de chemin de fer Congo-Océan

22/10/1925                          Décret règlementant le travail indigène en AOF

22/10/1925                          Décret règlementant le travail indigène à Madagascar

03/06/1926                          Décret réglementant la « deuxième portion » du contingent à Madagascar

31/10/1926                          Décret réglementant la « deuxième portion » du contingent en AOF

09/03/1927                          Arrêté réglementant les prestations au Cameroun

25/10/1927                          Arrêté sur le régime de travail en Indochine

04/10/1929                          Arrêté sur le régime de travail en Nouvelle-Calé­donie

21/08/1930                          Décret portant règlementation du travail pu­blic ob­li­­gatoire aux colonies

24/01/1931                          Arrêté réglementant les prestations à la Côte des Somalis

05/03/1932                          Arrêté portant application à la Colonie de Ma­dagas­car et Dépendance du décret du 21 août 1930 pour l’organisation du travail pu­blic obliga­toire.

15/06/1932                          Arrêté réglementant le recours au travail pu­blic obli­gatoire en Nouvelle-Calédonie.

11/051933                           Arrêté relatif au recours au travail public obli­ga­toire en Indochine.

18/02/1933                          Arrêté réglementant le recours au travail pu­blic ob­­ligatoire en AOF

18/02/1933                          Arrêté réglementant le transport du person­nel et du matériel administratifs par voie de réquisition de main-d’œuvre en AOF

29/05/1933                          Arrêté réglementant le recours au travail pu­blic ou obligatoire en AEF

30/06/1933                          Arrêté réglementant le recours au travail pu­blic ou obligatoire en Guinée

25/05/1934                          Arrêté réglementant le recours au travail pu­blic ou obligatoire en Côte d’Ivoire

17/06/1937                          Loi tendant à la ratification de la convention concernant le travail forcé ou obligatoire adoptée par la Conférence internationale du travail dans sa quatorzième session, tenue à Genève du 10 au 28 juin 1930

 

 

11/04/1946                          Loi tendant à la suppression du tra­vail forcé dans les terri­toires d’outre-mer. 

 

 

(Source : Pierre Dareste, Traité de droit colonial, Paris : 1931, tome 1, p. 533-555)

 

 

Introduction

 

 Pour Werner Sombart, l’esclavage et le travail forcé furent la même chose. En 1902, l’économiste allemand écrivait dans son ouvrage monumental Le capitalisme moderne que le travail forcé et l’esclavage poursuivent le même but : intégrer l’individu par la contrainte dans le processus de pro­duction.

Sombart voyait les origines du colonialisme moderne durant l’expansion italienne sur les rives de la Méditerranée. Au Levant au XVe sièc­le, les Slaves, les Arabes et les Turcs sous do­mina­tion vé­ni­tienne de­meuraient libres mais furent soumis à un tra­vail obliga­toire. Si la main-d’œuvre faisait défaut, Gênes et Ve­nise achetaient des es­claves en Afrique du Nord. Ce pro­ces­sus se reproduisait se­lon Sombart dans le Nou­veau Monde : le con­cept colo­nial des répu­bli­ques ita­lien­nes a été re­produit par les Por­tugais et les Es­pagnols - plus tard par les Hollan­dais, les An­glais et les Français - qui peuplaient les territoires con­­quis en Amé­r­ique, en Asie et en Afrique et qui exploi­taient leurs res­sources natu­relles. Si les « in­digènes » fai­saient dé­faut, dé­­ci­més par des mala­dies comme les Amérin­diens, les Espa­gnols et les Por­tugais ache­taient des es­claves en Afrique. Pour Som­­bart, l’ac­­­cu­mulation des capi­taux grâce à de nouvelles sour­ces de bé­néfice (mé­taux pré­cieux, traite d’es­claves et travail forcé) du­rant le colo­nia­lisme fut à l’origine du capita­lisme moderne[1].

Si Sombart ne distinguait pas encore entre l’esclavage et le tra­vail forcé, le droit internatio­nal diffé­rencie les deux con­di­tions de­puis les an­nées 1930. La convention relative à l’escla­vage de la So­ciété des Na­tions, conclue le 25 sep­tembre 1926 à Ge­nève, définit l’esclavage comme étant un « état ou condi­tion d’un in­dividu sur le­quel s’exerce l’attribut de pro­priété ». Cons­cient que l’esclavage im­plique toujours un travail forcé, son ar­ticle 5 ajouta que « le tra­vail forcé ou obliga­toire ne peut être exi­gé que pour des fins pu­bliques[2] ». En juin 1930, suite aux pres­sions des mouvements abolitionnistes, le Bu­reau In­terna­tio­nal du Travail (BIT) adopta une convention qui définit le « tra­vail forcé ou obligatoire » com­­­me « tout travail ou service exi­gé d’un indi­vidu sous la me­nace d’une peine quel­conque et pour lequel le­ dit indi­vidu ne s’est pas of­fert de son plein gré[3] ». La dif­­fé­rence entre les deux si­tuations fut clari­fiée par une note de l’Afrique du Sud : elle dé­finit l’es­clavage com­me étant un état de con­trainte perma­nente qui im­plique un droit de pro­priété y compris la force de travail de l’individu ; alors que le travail ob­ligatoire est une contrainte li­mitée dans le temps, sans que l’in­dividu soit une propriété. Le tra­vailleur forcé, contrai­re­ment à l’esclave, dis­pose plei­ne­ment de ses droits juridiques et ne cède à la con­trainte que sous la me­nace[4].

La contrainte est un terme central dans la théorie du proces­sus de la civilisation de Norbert Elias. Selon le sociologue alle­mand, la genèse des sociétés occidentales depuis le Moyen Age est due à une « mono­polisation de la violence physique » qui centralisait le pou­voir dans des institutions (principautés, royautés, états). Ce nou­veau pouvoir cen­tral permettait de paci­fier un espace et d’é­tablir un ordre social dont décou­lent des contraintes nou­velles :

« Si un mo­nopole de la violence se crée, il génère des espaces paci­fiés (...) nor­­­­malement libres d’actes de violence. Les contraintes qui y ré­gnaient au­­paravant se transforment. Les formes de violence qui de­puis tou­jours furent liées à la violence physique se dé­ta­chent d’elle ; elles chan­gent et se cons­tituent pour soi dans cet­te espace pacifié. Pour la con­science d’au­jourd’hui, elles sont les plus vi­sibles à travers la violence éco­nomique, les contraintes écono­mi­ques[5] ».

Pour Elias, les contraintes extérieures imposées par un mono­pole de la violence sont intériorisées par l’individu : la con­trainte ex­térieure (Fremd­­zwang) se transforme en contrainte in­tér­ieure (Selbst­zwang). Or dans le contexte colonial, avant d’être in­tério­risée par les sujets colo­niaux, les contraintes extérieures (spolia­tions, impôts, travail forcé) provoquaient des résistances, des migra­tions et de révoltes. Puis, la contrainte extérieure ne prend effet que si elle est accompa­gnée par la me­nace d’une san­c­­­tion sociale. Le monopole de la violence procure au pouvoir en place l’ha­bilité de prononcer une sanction né­gative sous forme d’une con­damnation en cas de non-respect de la norme fixée dans le cadre juridique. Dans le contexte colonial, la me­nace se concré­tise à travers des législations spécifiques aux su­jets co­loniaux, les « codes de l’indigénat », légitimant en cas de refus des sanc­tions pénales (chicotte, prison, déportation, exécu­tion).

Les deux critères du travail forcé définis par le BIT, la con­trainte et la menace, caractéri­sent plu­sieurs formes du travail non-libre durant le colonialisme. L’esclavage, le servage, la ser­vitude pour dettes ou le tra­vail forcé furent les bases de systèmes écono­miques des sociétés an­tiques, féodales et mo­dernes[6]. Du­rant le Moyen Age, le re­cul de l’éco­­nomie pécuniaire en Europe fa­vori­sait le ser­vage, selon les Na­tions Unies une « con­dition que qui­conque est tenu par la loi, la cou­tume ou un ac­cord, de vi­vre et de tra­vailler sur une terre appartenant à une au­tre per­sonne et de four­nir à cette autre personne, contre rému­né­ration ou gratui­tement, cer­tains services déterminés, sans pou­voir chan­­­­­­ger sa condi­tion[7] ». Du­rant l’é­poque mo­derne, le ser­vage fut rem­­placé par la cor­vée seigneuriale puis royale qui im­pli­quait des jour­nées de tra­vail non rémunérées pour la cons­truction des routes et des ponts impo­sée par un sei­gneur ou par le roi. En France, la cor­vée roy­ale fut abolie en 1789[8].

Après la dé­couverte de l’Amérique, les Espagnols et les Portu­gais introduisaient le ser­vage dans le Nouveau Monde : la couronne espa­gnole, in­capable d’administrer directement les vastes territoires con­quis aux Amériques, confiait des lots de terre aux colons qui ré­qui­si­tion­naient les Amé­rin­diens vi­vants sur ces terres pour un tra­vail sur leurs plan­ta­tions ou dans les mines. Ce système appelé En­co­mienda fut éga­lement introduit aux Philippines espagnoles (polo y ser­vicio). Aboli au XVIIe siècle, le ser­vage en Amérique du Sud fut rem­placé par un ser­vice de travail obli­ga­toire, le Reparti­miento[9]. Les Espa­gnols dé­­tour­naient parfois des formes précolo­niales du tra­vail forcé, comme le Mita qui a per­mis d’exploiter une mine d’argent à Potosi qui fut à l’é­poque la plus grande ville en Amérique du Sud[10]. Les Portugais pro­­cé­daient de la même manière en Mozam­bique (Prazo)[11].

Afin de remplacer les Amérindiens déci­més par le tra­vail sur les plantations et les maladies im­portées par les Euro­péens, les em­­pires co­loniaux ont eu massivement recours à l’escla­vage. Malgré des formes différentes, qu’il s’agisse des socié­tés à es­claves dans l’Anti­quité ou des so­ciétés escla­vagistes aux Etats-Unis, l’esclavage impli­quait tou­jours un travail forcé de l’es­­clave pour son propriétaire. Du­rant la traite des Noirs dans le cadre du com­merce triangu­laire, le Portugal a trans­­­porté entre du XVIe au XIXe siècle presque la moitié des onze mil­lions d’Af­ricains déportés aux Amé­riques dont trois mil­lions rien que dans sa vice-royauté du Brésil[12]. Pour Sombart, la rentabilité de l’es­clavage colo­nial était ga­rantie par quatre condi­tions : une éco­­no­mie de planta­tions, une surex­ploi­tation de la main-d’œuv­re, une dés­hu­mani­sa­tion de l’esclave et un pillage des res­sources natu­relles[13].

Pour Hannah Arendt, le tra­vail des esclaves en Afrique fut la seule forme d’esclavage dans l’histoire sans intention de « li­bé­rer une classe dominante pour des activi­tés supérieures ». Alors que le tra­vail des es­claves dans l’Antiquité permettait aux ci­to­yens d’Athènes et de Rome d’étudier la philo­so­phie et la cul­ture, les administrations colo­niales utili­saient les es­claves dans leurs em­pires exclusivement pour une ex­ploitation éco­nomique, sans pour au­tant produire les bases pour une quel­conque cul­ture car « dans le con­texte colonial, des activités cul­tu­relles ne jou­aient au­cun rôle ». Pour la philo­sophe alle­mande, la pra­tique colo­niale en Afrique s’aliénait de la cul­ture européenne et portait ainsi, à travers le racisme, le germe des totalita­rismes du XXe siècle[14].

Après l’abolition de l’esclavage au cours du XIXe siècle, les puis­­sances coloniales dévelop­paient un autre mode de re­crute­ment de la main-d’œuvre pour leurs co­lonies : la servi­tude pour dettes. Ce travail forcé déguisé est défini par les Nations Unies comme étant un « état où la condition résul­tant du fait qu’un dé­biteur s’est engagé à fournir en garantie d’une dette, ses ser­vices per­son­nels[15] ». Du XVIIe jus­qu’au XVIIIe siècle, des centaines de mil­liers d’engagés par­taient dans les co­­lonies britan­niques en Amé­rique. Dépourvus de moyens pour l’a­chat d’un billet pour la traversée transa­tlantique, ils si­gnaient des con­­trats avec des pas­seurs qui les re­ven­daient aux capi­taines des navires. Arri­vés aux An­tilles ou en Amé­rique du Nord, les ca­pi­taines ven­daient le con­­­trat y compris le débiteur selon les be­soins à des em­ployeurs. L’en­­gagé de­ve­nait ainsi pour le temps fixé dans le contrat servi­teur de son employeur qui pou­vait le re­vendre à sa guise. En 1803, une loi britan­nique (Pas­senger Act) assou­plissait les con­ditions du con­trat en accor­dant à l’engagé le choix de l’em­ployeur. Selon David Northup, plus de la moi­tié de tous les im­migrés euro­péens sont ar­rivés dans les colonies britan­niques en tant qu’« enga­gés »[16].

L’engagisme fut également pratiqué dans l’océan in­dien et paci­fique (Coolie Trade). Entre 1830 et 1917, des millions d’In­­­­­diens et de Chi­nois s’engageaient pour un travail dans les co­lo­nies britan­niques, fran­çaises et néerlan­daises. Dénoncé par le vice-roi des Indes britan­niques comme une « forme de tra­vail forcé », 600 000 engagés indiens mi­graient vers les An­tilles, en Af­rique orientale, à l’ile Mau­rice et la Réu­nion et 200 000 en­ga­gés chi­nois par­taient en Amé­rique du Sud, à Cuba et en France [17]. Engagés pour plu­sieurs années, ils travail­laient sou­­vent dans des con­di­tions très dures sur des planta­tions, sur des chan­­­tiers fer­ro­viaires et dans des mines. Les « co­olies » fu­rent égale­­ment nombreux en Indochine, notam­ment pour la construc­tion d’un chemin de fer entre l’Indochine et le Yunnan.

L’engagisme dis­parait progressivement au début du XXe sièc­le, mais le besoin de main-d’œuvre dans les em­pires colo­niaux don­nait nais­sance à des formes nou­velles du tra­vail forcé. Le Bu­reau inter­na­tional du Tra­vail, en étudiant le cas de l’em­pire colonial portu­gais, distin­guait dans son rap­port de 1929 trois formes du tra­vail forcé : l’ob­­ligation au tra­vail, le service de travail et le travail pé­nal. L’ob­ligation au travail im­pliquait pour chaque in­dividu de « pourvoir à son entretien et d’amél­iorer sa condi­tion sociale ». S’il refu­sait de tra­vail­ler de son pro­pre gré, les autorités pou­vaient or­donner son envoi chez un em­ployeur pour une durée déterminée. S’il refu­sait d’ac­com­­plir ce travail obligatoire, il était con­damné à un tra­vail pé­nal[18].

Bien que spécifique à l’empire colonial por­tugais, cette dif­fé­ren­cia­tion permet de mieux comprendre le tra­vail forcé au XXe siècle. Tous les régimes fascistes, com­munistes et colo­niaux ont uti­lisé soit l’une soit plusieurs formes du travail forcé : L’écono­mie de guerre na­zie dé­pendait du travail obli­ga­toire de millions de pri­son­niers de guerre et de travail­leurs requis, puis du travail pénal de milliers de dé­tenus les camps de con­cen­tra­tion.  L’ex­pan­sion japo­naise basait sur l’obligation de travail des millions d’Asia­tiques. L’Union So­vié­tique a con­damné des mil­lions de per­­sonnes à un travail pé­nal dans les camps et colo­nies du Gou­lag. Et l’exploitation colo­niale en Afrique et en Asie re­posait sur les trois formes de travail forcé de sociétés coloni­sées. Le XXe siècle ne fut pas seulement le « siècle des camps », mais aussi le siècle du tra­vail forcé[19].

Le travail forcé durant le XXe siècle

Le terme « travail forcé » englobe pour le XXe siècle des ré­alités très différentes, allant d’une simple contribution forcée à la pro­duc­tion, vers un ser­vice de travail du­rant les guerres mon­diales à une deshumanisa­tion totale du travail des détenues poli­tiques durant les régimes totalitaires[20].

Dès sa création, l’Union soviétique ins­crivait dans sa pre­mière con­s­ti­tution du 24 janvier 1918 une obligation de tra­vail pour tous ses ci­toyens : « La République sovié­tique consi­dère que le tra­vail est un de­voir de tous les ci­toyens de la Répu­blique : Qui ne tra­vaille pas ne mange pas[21] ». En 1938, l’ob­­li­­ga­tion de tra­vail fut renforcée en san­c­tion­nant toute ab­sence par un travail pénal dans un camp. Les camps et colo­nies du Goulag (« Glavnoïe oupra­vlenie laguereï ») furent durant la pre­mière moi­tié du XXe siècle un vaste système con­cen­tra­tion­naire qui coûta la vie à des mil­lions de dé­tenus poli­tiques. A l’ori­gine, les ba­gnes tsaristes (Katorga) fu­rent re­pris par Lé­nine pour les « en­nemis de classe ». Son suc­ces­seur Staline les dé­ve­loppa pour une exploita­tion éco­no­mique des vastes ter­ri­toires soviétiques en Asie et lança des pro­jets d’infrastructure comme le canal de la Mer Blanche : long de deux cents kilo­mètres. Il fut cons­truit en seu­le­ment deux années et ser­vit com­me modèle pour d’autres projets in­dus­triels (villes, routes, che­mins de fer, mines). Dans les an­nées 1930, les camps du Goulag su­bissent des grandes fa­mines, des ar­resta­tions de masse et des exé­cu­tions som­maires. Durant la « Grande Guerre patriotique », les camps fu­rent re­pris par la po­lice po­litique (NKVD) char­gée des pro­jets stra­tégiques pour l’économie de guerre. Selon les chiffres of­fi­ciels, un mil­­lion de détenus poli­tiques et prisonniers de guerre mueraient entre 1941 et 1945 dans les camps et co­lonies de travail du Goulag. La dis­cus­sion sur le nom­bre des victimes n’étant pas close, on es­time la po­pulation totale du Goulag entre 1934 et 1947 à 17 mil­lions[22].

D’autres régimes communistes en Europe de l’Est et en Asie suivaient l’exemple soviétique en créant des camps correction­nels pour une « rééducation par le travail ». Tous les pays com­munistes en Europe de l’Est (RDA, Tchécoslovaquie, Pologne, Hon­­grie, Roumanie, Bulgarie, Albanie) se sont dotés après la guerre de camps de travail pénal pour des détenus politiques[23]. En Chine, depuis l’arrivée des commu­nistes au pouvoir en 1949, environ 50 millions de prisonniers sont passés par des camps de « rééducation par le travail » (Laogai). Après la guerre d’Indo­chine, des prisonniers français furent internés dans des camps du Vietminh. Depuis l’indépendance du Vietnam, un demi-million de prisonniers politiques fut « rééduqués » dans des camps com­munistes. Le Laos communiste et le Cambodge sous les Khmers rouges ont suivi l’exemple vietnamien. Peu connu demeure le travail forcé en Birmanie sous la junte militaire ainsi que les camps de travail correctionnel en Corée du Nord[24].

Pour le IIIe Reich, le travail forcé fut consubstantiel. Déjà du­rant la Grande Guerre, l’Empire allemand a eu re­cours à une obligation du tra­vail (Vaterlän­discher Hilfsdienst) pour les ci­vils alle­mands, puis aux réquisitions de la population en Po­logne et en Bel­gique[25]. Sous le ré­gime nazi, le IIIe Reich força douze mil­lions de pri­sonniers de guer­re, travail­leurs re­quis et déte­nus des camps de con­cen­tra­tion à tra­vail­ler pour sa ma­chine de guerre. Les pre­mières vic­times du travail forcé pé­nal fu­rent les « aso­ciaux », les tsi­ganes, les ho­mosexuels, les té­moins de Jé­ho­vah et les juifs, inter­nés dès 1933 dans les camps de con­­­centra­tion des SS et les camps d’« éducation par le tra­vail » de la Ges­tapo (Ar­beit­serzie­hung­slager). En juin 1935, le ré­gime nazi in­tro­duisait un service du tra­vail (Reichsarbeits­dienst) de six mois pour tous les jeunes Al­le­mands, basé sur le modèle bul­gare des an­nées 1920[26]. A par­tir de 1938, les chô­meurs juifs fu­rent en­rôlés de force dans des comman­dos de tra­vail. Durant la guerre, plus de quatre mil­lions de pri­sonniers de guerre so­vié­tiques, polo­nais, et fran­çais fu­rent mis au travail à travers un ré­seau de camps (Sta­lags). A par­tir de 1942, plus de huit mil­lions de tra­vailleurs en Eu­rope occupée fu­rent re­quis dans leurs pays ou dé­portés en Alle­magne (Reich­sein­satz). Dans l’uni­vers con­centra­tion­naire du ré­gime nazi, plus d’un million de « tra­vail­leurs esclaves » des camps et leurs comman­­dos (KZ-Au­ßen­lager) fu­rent « prêtés » à l´in­­dustrie alle­mande par les SS qui pour­suivaient ou­ver­­te­ment un pro­gram­me de « destruc­tion par le tra­vail » (Ver­nichtung durch Ar­beit)[27].

Les autres régimes fascistes en Europe ont suivi l’exemple nazi. En Espagne sous Franco, des milliers de prisonniers fu­rent entre 1936 et 1947 internés dans des camps d’internement et sou­mis au travail forcé dont le symbole est le monument Valle de los Caídos où repose la sé­pulture de Franco. La France sous Vichy a créé des camps d’interne­ment et de travail (GTE) pour plu­sieurs milliers de commu­nistes, juifs et étran­gers. Fin 1942, le ré­gime ins­taura le Ser­vice de travail obliga­toire (STO) pour 600 000 Français en­voyés en Allemagne na­zie ou u­tili­sés sur place pour des constructions mili­taires comme le « mur de l’At­lantique ». La Hongrie sous Horthy, la Roumanie sous Anto­n­escu et la Bulga­rie sous le tsar Boris III ont enrôlé de force les juifs dans des bataillions de travail. En Croatie, l’Etat fasciste du mouvement indépendantiste des Oustachi internait les juifs, les tsiganes et les Serbes dans plusieurs camps dont le complexe concen­tration­naire à Jase­novac[28]. En Europe fasciste, le tra­vail for­cé fut omni­pré­sent.

Peu connu demeure le travail forcé dans l’Empire ja­po­nais du­­rant son expansion coloniale en Asie. Le Japon si­gnait la con­ven­tion contre le travail forcé en 1932. Or, afin de préparer la guerre, il dé­créta en 1938 une « mobilisation générale du peuple pour un service de travail pa­trio­tique ». Entre 1937 et 1945, le Japon utilisait la force de tra­­­vail de mil­lions de tra­vailleurs dans son em­pire en Asie du Sud-Est. Cette main-d’œuvre fut utilisée pour le sou­tien de l’ar­mée, la produc­tion des armes, la cons­truc­tion des bases mili­taires, des routes et des rails, l’ex­trac­tion des mine­rais et la pro­duc­tion agricole. La Corée - colonie du Japon de­puis 1910 - li­vrait des sol­dats et des ouvriers, et 100 000 Co­ré­­en­nes subis­saient un tra­vail forcé sexuel dans des bor­dels mi­litaires de l’armée japo­naise (« fem­mes de ré­con­fort »). Des millions de Chi­nois tra­vail­laient pour le Ja­pon en Mandchou­rie, en Mon­go­lie et au Ti­bet. Des mil­liers de travail­leurs fu­rent éga­le­ment re­quis à Tai­wan (co­lonie japonaise depuis 1910), en Ma­lai­sie et à Singapour. En Indo­né­sie, 300 000 tra­vailleurs forcés (Ro­musha) furent déportés dans d’au­tres colo­nies et 10 000 ont dû construire à Sumatra un che­min de fer long de 200 kilo­mètres dé­mon­té après la guerre[29]. Il en résulta des dé­­pla­cements for­cés des po­pula­tions et des taux de mor­ta­lité impor­tants, no­tam­ment du­rant la cons­truc­tion du chemin de fer Thaïlande-Bir­ma­nie (Death Rail­way) où 74 000 travail­leurs asiatiques et eu­ro­péens trou­vèrent la mort. Au total, plus de cinq mil­lions d’Asia­tiques ont été forcés de tra­vailler pour le Japon durant son expansion colo­niale en Asie[30].

 

Le travail forcé durant le colonialisme

 

Bien avant son apparition durant le communisme et le fas­cisme, le travail obligatoire fut déjà ­substantiel au colo­nia­lisme. Après l’aboli­tion de la traite des Noirs et de l’esclavage au XIXe siècle, toutes les puis­sances eu­ropéennes ont introduit dif­fé­rentes formes de travail obli­ga­toire dans leurs pos­ses­sions outre-mer. Face aux écono­mies d’auto­suf­­fisance et à l’absence des marchés du travail, l’exploitation des ri­chesses en Afrique et en Asie néces­sitait l’introduction des services de travail ob­liga­toire qui ren­con­traient la ré­sistance des peuples in­di­gènes et qui fu­rent intro­duits par la force. L’effort de guerre en Af­rique et en Asie demeure peu étu­dié alors que les em­pires co­loniaux four­nissaient des sol­dats, des travailleurs et des ma­ti­ères pre­mières aux pays bel­ligé­rants. Joseph Ki-Zerbo remar­quait en 1981 que « les peup­les africains ont dû faire face à des efforts de guerre ex­cep­tionnels. La conscription, le tra­vail forcé et l’impôt ont parfois provoqué des combats san­glants[31] ».

En 1920, La Société des Na­tions (SDN) char­geait le Bu­reau In­ter­na­tional du Travail (BIT) de rédiger une étude sur le tra­vail forcé dans les empires coloniaux. Après avoir en­tendu les pays concer­nés, cette étude pré­sente d’une façon détaillée les cadres législatifs fournis par les états membres pour chaque colonie dans l’en­tre-deux-guerres[32]. Cette étude peut être com­plé­tée par le travail remar­quable de Ray­mond Leslie Buell pu­blié en 1928 et trai­tant en deux mille pages la poli­­tique co­lo­niale des puis­sances euro­péennes en Afrique et son im­pact sur les po­pula­tions africaines[33]. Les deux permet­tent de se faire une idée pré­cise de la législa­tion du tra­vail forcé du­rant le colo­nia­lisme des an­nées 1920.

Le BIT distinguait – nous l’avons vu – trois formes du tra­vail forcé : l’obligation du travail, un service de travail et le travail pé­nal. Dans son rapport, il ajoute une autre classifica­tion se­lon la fi­nalité du travail forcé : soit pour des fins d’intérêt général, soit pour des fins d’intérêt local ou encore le travail forcé pour des fins d’intérêts pri­vées. Le rapport ob­serve qu’en 1929 le tra­vail forcé à des fins privées a officiel­lement dis­paru et que la ligne de démar­cation entre l’intérêt général et lo­cal « n’est pas toujours très nette[34] ». En ce qui con­cerne le travail forcé pour des fins pu­b­liques d’intérêt géné­ral, le rapport intro­duit une sous-classi­fication qui dis­tingue les travaux publics (routes, che­mins de fer), le portage (personnes, biens), les cas exceptionnels (inon­dations, mala­dies) et les cultures obligatoires (exportation, fa­mines). Cepen­dant, la do­cumentation du BIT restait tributaire des ren­seignements four­nis par les états membres et, sur cer­taines colonies (Inde bri­tannique, Afrique italienne), les données demeu­rent très lacu­naires.

Regardant maintenant la situation dans les empires colo­niaux. Après avoir dominé durant plu­sieurs siècles des vastes ter­ritoires en Amé­rique, l’Espagne perd en 1899 égale­ment les Phil­ip­pines au profit des Etats-Unis et ne garde dans les an­nées 1920 que quelques pe­tits ter­ri­toires en Afrique dont les en­claves au Maroc, le Sahara occi­dental et la Guinée équato­riale. Face au manque de main-d’œuvre pour leurs plan­ta­tions, les Es­pagnols im­portaient des tra­vail­leurs du Liberia et ont eu re­cours au tra­vail forcé : une loi du 6 août 1906 im­posa une obli­ga­tion du tra­vail pour toute per­sonne « sans pro­priété, profes­sion ou oc­cupa­tion », pla­cée sous la tutelle de l’administration co­lo­niale (Cura­duria) et employait sous la con­trainte pour l’Etat ou pour des par­ti­cu­liers. Seule l’ethnie des Bu­bis, après une guerre san­glante, restait ex­emptée du tra­vail forcé[35]. L’Es­pagne ratifiait la conven­tion con­tre le tra­vail forcé en 1932.

Au XIXe siècle, le Portugal perdait le Brésil mais dé­velop­pait en contrepartie ses colonies en Afrique, notam­ment l’An­gola et le Mo­zam­bique. Selon un décret du 14 octobre 1914, tous les in­di­gènes des colo­nies portu­gaises fu­rent sou­mis à une obliga­tion de travail. Tout homme valide fut soumis à l’obli­gation mo­rale de tra­vailler afin de ré­pri­mer l’oisiveté. Si l’indi­gène re­fu­sait de tra­vail­ler, les autori­tés colo­niales étaient habili­tées à le placer chez un em­ployeur pour trois mois dans le cadre d’un travail obli­ga­toire (Chibalo). S’il refusait, il était con­damné au travail correction­nel, sous prétexte de désertion ou de vaga­bon­dage[36]. En An­gola, une loi de 1913 per­met­tait la réquisi­tion des travail­leurs pour un « tra­vail public gratuit » : en 1921, la colonie au­­­rait dis­posé de 150 000 travail­leurs pour une durée de six mois. En Mo­zam­bique, l’impôt de case im­pli­quait un tra­vail obli­ga­toire de sept jours pour la construc­tion des routes, y com­pris pour les fem­mes. Un travail obli­gatoire à des fins pu­bliques fut égale­ment imposé en Gui­née-Bissau, à Sao Tomé et au Timor[37]. Jo­seph Ki-Ze­rbo constatait que « le travail forcé fut le mo­teur principal pour l’éco­nomie des terri­toires portu­gais[38] ». Le Portu­gal ratifiait la con­ven­tion contre le tra­vail forcé seule­ment en 1956.

Le colonialisme néerlandais a connu un âge d’or au XVIIe siècle avec des comptoirs et des colo­nies sur tous les conti­nents (Antilles, Ceylan, Indes orientales) sous la direction de la puis­sante Com­pa­gnie néerlandaise des Indes orientales (VOC, 1602-1798) qui exploitait ses terri­toires à travers un sys­tème de cul­tures for­cées (culturstel­sel) intro­duit en Indoné­sie par les gou­verneurs Herman Daendels puis Jo­hannes van den Bosch. Le « maréchal de fer » Daendels imposait, sous la me­nace de mort des chefs de village, la construction d’une route (Groote Post­weg) de mille kilomètres à travers l’île de Java qui aurait couté la vie à 12 000 Javanais. Aboli en 1870, le sys­tème de cultures forcées fut rem­placé par trois services de travail en­ca­drés par la loi et soumis à l’ac­cord du gouver­neur : le hee­ren­dienst pour le compte de l’Etat colo­nial, le deesa­dienst pour le village et le pantjendienst pour les no­tables locaux[39]. En 1926, une statis­tique officielle in­di­quait que sur 1,3 mil­lions de sujets co­loniaux aux Indes orientales néer­lan­daises soumis au heeren­dienst, 801 028 ou­vriers ont dû ac­complir un service de travail de 20 jours en moyenne, ac­cumu­lant ainsi 14 millions de jours de tra­vail. Un demi-million a pu se libé­rer du service par un ra­chat, pour un total de 3,6 millions de flo­rins. Selon Hendrik Wesse­ling, le modèle hollan­dais aurait au début du XXe siècle in­fluencé la politique colo­niale fran­çaise[40]. Le hee­ren­dienst fut aboli aux Indes or­ien­tales néer­lan­daises en 1941 mais, durant l’oc­cupation japonaise, les Indoné­siens furent de nou­­veau sou­mis au travail forcé par l’armée nippon.

L’empire colonial britannique fut la première puis­sance colo­niale à abo­lir l’esclavage en 1834. Par conséquent, l’escla­vage fut rem­placé par l’engagisme et, surtout en Afrique coloniale, par le travail forcé. Le tra­vail dans l’empire colonial bri­tan­nique était basé sur l’indirect rule des compagnies con­ces­sionnaires et encadré par plusieurs lois dont le Mas­ters and Ser­vants Act du 1910 qui réglait les conditions de travail et de vie des travail­leurs. En Afrique orientale an­glaise (Kenya, Tan­zanie, Nyassa­land, Ou­ganda et Zanzibar), le travail forcé, rémuné­rée et or­ga­nisé par des chefs locaux, fut autorisé 60 jours par an pour des travaux publics et le portage (Kasanvu). En 1922, 13 000 ou­vriers furent recru­tés au Kenya et 33 000 porteurs en Tanzanie[41]. En Afrique occi­dentale anglaise (Gam­bie, Sierra Leone, Ghana, Nigeria), la légi­slation fut moins dé­ve­loppée et le recours au tra­vail obligatoire fut fré­quent, no­tamment pour la construc­tion des routes et des chemins de fer. En Nige­ria, tous les che­mins de fer et les routes ont été cons­truits par une main-d’œuvre obligatoire recrutée par les auto­rités indigènes (« political la­bour »). En 1927, l’admi­nistration coloniale employait 66 000 por­teurs au Sierra Leone. Dans le Sud du Ghana, tous les chan­tiers de routes entre 1900 et 1940 ont reçu des tra­vailleurs for­cés[42]. En Asie bri­­tan­nique (Inde, Chy­pre, Malaisie, Ceylan), le por­tage fut la seule forme de tra­vail obli­gatoire. En Océanie britannique (Pa­pouasie, Samoa, Nauru, Nouvelle-Guinée, Tonga, Fidji), les ad­mi­nistrations bri­tanniques impo­saient le portage et la culture obligatoire. En Amé­rique britannique (Honduras, Gu­yane, An­tilles), le tra­vail forcé se li­mi­tait à l’entretien des routes[43]. Seul l’Union sud-afri­caine, recrutant des enga­gés en Inde et au Mo­zambique, n’a pas introduit le travail obligatoire mais des lois contre le « vaga­bondage » qui permet­taient de condamner un in­digène sans em­­ploi à un travail pénal. D’une manière gé­nérale, le BIT con­sta­tait en 1929 que le tra­vail forcé dans l’em­­­pire bri­tan­nique devenait ex­ceptionnel, était bien encadré par la loi et en voie de disparition. En 1931, le Royaume-Uni signait la con­ven­tion contre le tra­vail forcé.

Or du­rant la Seconde Guerre mondiale, l’effort de guerre contre l’Al­lemagne nazie poussait le premier ministre Winston Chur­chill, mal­gré l’opposition du Parti tra­­­vailliste, de réintro­duire en 1942 le tra­vail forcé dans les colonies bri­tan­niques en Afrique : en Tan­za­nie, 80 000 Afri­cains furent recru­tés pour la production du coton, du café, du riz et surtout du si­sal indis­pen­­sable pour la produc­tion des cordes. Au Kenya, 160 000 tra­­vail­leurs furent recrutés comme porteurs[44]. En Rho­désie du Nord, 30 000 Af­ricains furent re­crutés pour un program­me d’aviation. En Rhodé­sie du Sud, envi­ron 100 000 Africains ont dû tra­­vail­ler dans le cadre du Com­pulsory Native La­bour Act[45]. Les sa­laires dans les mines de cuiv­re attiraient la main-d’œuv­re qui man­quait sur les planta­tions : par con­séquent, l’admi­nistration créa des unités de tra­­­vailleurs africains en­voyés sur les fermes des colons pour un shil­ling par jour[46]. Au total, l’ad­ministration coloniale re­cruta un demi-mil­­lion d’Af­ricains durant la Seconde Guerre mondiale, dont près de 200 000 en­voyés au Proche-Orient et en Birma­nie[47]. Frede­rick Co­­oper con­statait qu’on « maquilla ce tra­vail forcé sous des noms com­me le Mi­li­tary Labour Corps, le East Af­ri­cain Mi­li­tary Labour Ser­vice, le Af­ri­cain Auxi­liary Pio­neer Corps ou le West Af­ri­cain Military Labour Corps[48] ».

Le Congo belge est tristement célèbre ayant été entre 1885 et 1908 la propriété privée du Roi belge Léopold II qui mettait en œuvre dans « sa » colonie un régime de travail forcé d’une ex­trême bru­talité. Pour l’exploitation du caout­chouc et de l’ivoire, il créait une milice privée (force publique) qui pre­nait les fem­mes en otages afin de forcer les hommes de partir à la ré­colte. Ce régime de ter­reur, accom­pagnée des tortures, des mu­tilations et des mas­sacres, aurait fait diminué la popu­la­tion du Congo de dix mil­lions de per­sonnes. Sous la pression in­ter­natio­nale, Léo­pold II cédait le Congo à l’Etat belge qui conti­nuait d’avoir re­cours au travail forcé : la lé­gislation de l’Etat indé­pen­dant du Congo pré­voyait la réquisition des travailleurs de la « deu­xième por­tion du contin­gent » de la mi­lice pour l’exécution de tra­vaux d’utilité pu­blique. Après un dé­cret du 3 juin 1906, les travail­leurs étaient as­treints à une du­rée de ser­vice de cinq an­nées. Ils furent employés à la construction des routes, pour le portage, pour les cul­tures obligatoires, dans des mines ainsi que sur des plan­tations du caoutchouc et de l’huile de palme, no­tamment pour l’entreprise Lever. Quant au Ruanda et à Urundi sous man­dat belge, seul l’obligation de cultiver des vi­vrières fut imposée. La Bel­gique ratifiait la con­ven­tion contre le tra­vail forcé en 1944[49].

D’autres puissances européennes arrivant à l’unité na­tio­nale plus tardivement comme l’Allemagne et l’Italie ont également eu re­cours au travail forcé dans leurs colo­nies. Le travail forcé dans l’empire co­lonial italien de­meure encore ignoré par les historiens[50]. ­L’Italie fas­ciste si­gnait la convention contre le tra­vail forcé en 1934. Pourtant, une loi ita­lienne d’avril 1935 per­mettait la ré­quisi­tion de la main-d’œuv­re locale pour 60 jours en Af­rique orientale. En Erythrée, le travail forcé fut auto­risé pour l’entretien des chemins vicinaux et certains au­tres travaux. En Somalie, les Ban­tous fu­rent soumis au tra­vail forcé dans le cadre d’un pro­jet d’irrigation du fleuve Gé­nale[51]. L’oc­cu­pation ita­lienne de la Ly­bie (1935-1941) fut éga­lement réalisée par l’utili­sation du gaz pour bri­ser la résis­tance des Se­noussis et la créa­tion des camps pour leur con­cen­tration. Du­rant son expan­sion coloniale en Af­rique orientale, en Ly­bie et sur les Balkans, l’Ita­lie fasciste créa de camps de concentra­tion et de tra­vail pour des mil­liers d’Afri­cains, Arabes, Slaves et Juifs[52].

Quant à l’Allemagne, elle possédait durant un demi-siècle le qua­trième empire colonial du monde. L’Empire allemand créa de sa pro­clamation en 1871 jusqu’au traité de Versailles (1919) un vaste espace co­lo­nial en Afrique occidentale, en Af­rique or­ientale et en Océanie. Dans toutes ses possessions, la ques­tion de la main-d’œuvre fut au cœur de la politique colo­niale : l’éco­no­mie de sub­sis­tance et l’absence des marchés du tra­vail pous­saient l’Empire al­lemand à introduire le travail obli­gatoire, la cul­­­ture obli­gatoire et l’impôt de case à ac­quitter en nature ou par le tra­vail (« Mus­kels­teuer »). Cependant, le tra­vail for­­cé pour des intérêts privés demeu­rait interdit, sauf en Afrique orientale[53]. En Tan­za­nie, une loi de mars 1903 per­met­tait la ré­qui­sition pour 24 jours des in­digènes em­ployés à la construc­tion des routes et sur des plan­tations pri­vées. En­viron 15 000 indi­gènes ont cons­truit un che­min de fer de mille kilo­mètres en Tan­zanie (Tan­ganjikabahn). Le tra­vail forcé fut à l’ori­gine de la guerre de Maji-Maji (1905-1907) qui se solda par la mort de dix mille Africains. Au Togo, l’ad­mini­stration décréta une obli­ga­tion du travail pour tous les indigènes dont 5 000 fu­rent em­ployés à la con­s­truc­tion du chemin de fer Lomé-Aného (1904-1905). En Nami­bie, des lois sur le « vaga­bondage » per­mettaient la ré­qui­­­­si­tion temporaire des indi­gènes. Suite à un soulè­vement des He­re­ros et Namas (1904-1908), les autorités coloniales cré­aient des camps de concen­tration, impo­saient un tra­vail forcé pour la con­struction d’un che­­min de fer et dé­cré­taient fi­nalement leur « ex­termination » : la mort or­don­née de 100 000 He­re­ros et Namas fut le pre­mier gé­nocide du XXe siècle[54].


 

[1] Werner Sombart, Der moderne Kapitalismus, Leipzig : Duncker 1902, vol. 1, p. 348.

[2] Société des Nations, Convention relative à l’esclavage du 25 sep­tembre 1926.

[3] Organisation International du Travail, Convention (no 29) sur le tra­vail forcé du 28 juin 1930.

[4] Hartwig Bülck, Die Zwangsarbeit im Friedensvölkerrecht, Göttin­gen : Van­­den­hoeck & Ruprecht 1953, p. 10.

[5] Norbert Elias, Über den Prozess der Zivilisation, Frankfurt/M.: Suhrkamp, 199720, tome 2, p. 331 (traduction par l’auteur).

[6] Mies Cf. Elisabeth Hermann-Otte, (dir.) Unfreie Arbeits- und Lebensverhältnisse von der Antike bis in die Gegenwart, Hildesheim : Olms 2005 ; Alessandro Stanziani (dir.), Le travail contraint en Asie et en Europe XVIIe-XXe siècles, Paris : FMSH, 2010 ; Tom Brass / Marcel van der Linden, Free and unfree labour: the debate continues, Bern: Peter Lang 1997 ; Paul Lovejoy / Nicholas Rogers (dir.), Unfree Labour in the Development of the Atlantic World, Lon­don : Routledge 1994 ; Leonie Archer (dir.), Slavery and Other Forms of Unfree Labour, London : Routledge 1988 ; Willemina Klo­oster­boer, Involuntary Labour since the Abolition of Slav­ery, Leiden : Brill 1960.

[7] Nations Unies, Convention supplémentaire relative à l'abolition de l'esclavage, de la traite des esclaves et des institutions et pratiques analogues à l'esclavage du 30 avril 1956.

[8] Cf. Monique Borin (dir.), Pour une anthropologie du prélèvement seigneurial dans les campagnes médiévales (xie-xive siècle). Réalités et représentations paysannes, Paris : Publications de la Sorbonne 2004.

[9] Cf. Lesley Byrd Simpson, The Encomienda in New Spain : Forced Native Labour in the Spanish Colonies, Berkeley : California Press 1982 ; Vittorino Godinho, « Le travail forcé dans le Mexique colonial », Annales. Économies, Sociétés, Civilisations, vol. no 4, 1948, p. 488-490.

[10] Cf. Enrique Tandeter, L'argent du Potosi : coercition et marché dans l'A-mérique colonial, Paris : EHESS 1997.

[11] Bülck, op. cit., p. 11. Cf. Malyn Newitt, « The Portuguese on the Zambezi : An Historical Interpretation of the Prazo System », The Journal of African History 10, 1 (1969, p. 67–85.

[12] Olivier Pétré-Grenouilleau, Les Traites négrières, essai d’his­toire globale, Paris : Gallimard 2004, p. 166.

[13] Sombart, op. cit., p. 692-708.

[14] Hannah Arendt, Elemente und Ursprünge totaler Herrschaft, Mün­chen : Piper 20114, p. 420.

[15] Nations Unies, Convention supplémentaire relative à l’abolition de l'esclavage, de la traite des esclaves et des institutions et pratiques analogues à l'esclavage du 30 avril 1956.

[16] David NorthrupIndentured labor in the age of imperialism, 1834-1922, Cambridge : Cambridge Press 1995, p. 4.

[17] Ibid. p. 25, 37, 38, 53, 61.

[18] BIT, Travail forcé. Rapport et projet de questionnaire, 12e session, Genève 1929, p. 130.

[19] Joël Kotek / Pierre Rigoulot ; Le siècle des camps, Paris : Lattès 2000.

[20] Kerstin von Lingen/Klaus Gestwa (dir.), Zwangsarbeit als Kriegs­­­ressource in Europa und Asien, Paderborn : Schoenigh 2014. Nous nous per­mettons de renvoyer à notre publication : Peter Gaida, « Le travail en temps de guerre », Alya Aglan / Robert Frank, (dir.) 1937-1947. La guer­re-monde II, Paris : Gallimard 2015, tome 2, p. 1920-1971. 

[21] Cité par Bülck, op cit. p. 89.

[22] Cf. Anne Applebaum, Goulag: une histoire, Paris : Grasset 2005 ; Paul Gregory / Valery Lazarev, The Economics of Forced Labour. The So­viet Gulag, Stanford : Hoover 2003 ; Edwin Bacon, The Gulag at War: Stalin's Forced Labour System in the Light of the Archives, New York : University Press 1994 ; Edwin Bacon, « L’im­por­tance du tra­vail forcé dans l’Union soviétique de Staline », Re­vue d’études compara­tives Est-Ouest, no 2-3, 1992, p. 229-249.

[23] Kotek / Rigoulot, op cit., p. 518-590.

[24] Ibid, p. 615-697. Cf. Christina Fink, Living Silence : Burma Under Military Rule, Lon­don : ZEB Books 2001.

[25] Cf. Jens Thiel, „Menschenbassin Belgien“. Anwerbung, Deportation und Zwangsarbeit im Ersten Weltkrieg, Essen : Klartext 2007 ; Christian Westerhoff, Zwangsarbeit im Ersten Weltkrieg. Deutsche Arbeitskräftepolitik im besetzten Polen und Litauen 1914–1918, Paderborn : Schöningh 2012.

[26] Cf. Max Lazard, Le Service obligatoire du travail en Bulgarie, Genève : Kun­dig 1924.

[27] Cf. W. Benz / B. Distel (dir.) : Der Ort des Terrors. Ge­schichte der national­sozialistischen Konzentrationslager, 9 tomes, Munich : Beck 2005-2009 ; Gabriele LoftiKZ der Gestapo. Ar­beits­erzieh­ungslager im Dritten Reich, Stuttgart : DVA 2000 ; Yves Du­rand, Les prisonniers de guerre dans les sta­lags, les oflags et les komman­dos 1939-1945, Pa­ris : Hachette 1994 ; Ulrich Herbert, Hitler's Foreign Workers : Enforced Foreign La­bor in Germany Under the Third Reich, New York : Cambridge Uni­versity Press 1997 ; Mark Spoerer, Zwangsarbeit unterm Hakenkreuz, Stuttgart : DVA 2001.

[28] Cf. Javier Rodrigo, « Internamiento y trabajo forzoso : los campos de concentra­ción de franco », Hispania Nova, Revista de historia con­tempo­ránea, vol. 6, Separata, 2006 ; Denis Peschanski, La France des camps, Pa­ris : Gallimard 2002 ; Helga Bories-Sawala, Dans la gueule du loup. Les fran­­çais requis du travail en Allemagne, Villeneuve d’Ascq : Presse universitaire du Septentrion 2010 ; Randolph BrahamThe Hungarian Labor Ser­vice System : 1939-1945, New York : East European Monographs 1977 ; Radu IoanidLa Roumanie et la Shoah, Pa­ris : MSH 2002 ; Frederick Chary, The Bul­garian Jews and the Fi­nal Solution 1940-1944, Pittsburgh : Univer­sity Press 2009 ; Marco Aurelio Rivelli, Le Génocide occulté: Etat indépendant de Croatie, 1941-1945, Lausanne : L’Age d’Homme 1998 ; Sanela Hod­zic / Christian Schoelzel, Zwangs­­­arbeit im Unabhängigen Staat Kro­atien, Münster : LIT 2012 ; Peter Gaida, Camps de travail sous Vichy, Bordeaux : Lulu Press 2014.

[29] Recherche International e. V. (dir.) Unsere Opfer zählen nicht. Die Dritte Welt im Zweiten Weltkrieg, Berlin: Assoziation a 2005, p. 280.

[30] Cf. Paul H. Kratoska, (dir.), Asian labour in the Wartime Japanese Em­pire. Un­known Histories, New York : Sharpe 2005 ; Yoshiaki YoshimiCom­fort women: sexual slavery in the Japanese military during world war II, New York : Columbia University Press 2002.

[31] Joseph Ki-Zerbo, Die Geschichte Schwarzafrikas. Frankfurt a. M. : Ham­mer 1981, p. 522 (Histoire de l’Afrique noire, Paris : Hatier 1972)

[32] Bureau International du Travail (BIT), Travail forcé : rapport et projet de questionnaire, 12e session, troisième question à l’ordre du jour, Genève 1929.

[33] Raymond L. Buell, The Native Problem in Africa, New York : Macmillan 1928, 2 tomes.

[34] BIT, Travail forcé : rapport et projet de questionnaire, p. 22.

[35] BIT, Travail forcé, op. cit., p. 151.

[36] Ibid, p. 131.

[37] Ibid, p. 136-151. Folliet, op. cit., p. 15. Cf. Edward Ross, Report on Employment of Na­tive La­bour in Portuguese Africa, New York : Abbott Press 1925 ; Timothy Coates, Convict Labour in the Portuguese Empire 1740-1932, Leiden : Brill 2013 ; James DuffyA question of Sla­very. La­bour policies in Portuguese Africa and the British protest, Harvard : University Press 1967 ; Eric Allina, Slavery by Any Other Name: African Life under Company Rule in Colonial Mozambique, Univer­sity of Virginia Press 2012 ; William Cadbury, Labour in Portu­guese West Africa, New York : Negro Press 1969 ; Jeremy Ball, « I escaped in a coffin. Remerbering Angolan Forced La­bour from the 1940s », Cadernos de Estudos Africanos, no 9/10, 2006, p. 2-12.

[38] Ki-Zerbo, op. cit., p. 499.

[39] J. S. Furnivall, Netherlands India: A Study of Plural Economy, Cambridge : Cambridge University Press 2010, p. 181-182 ; Kloosterboer, op. cit., p. 41-56 ; BIT, Travail forcé : rapport et projet de questionnaire, p. 112-128 ; Hendrik Wesseling, « Le modèle colonial hollandais dans la théorie co­­­­lon­iale française, 1880-1914 », Revue fran­çaise d'histoire d'outre-mer, tome 63, n°231, 1976, p. 223-255.

[40] BIT, Travail forcé, op. cit., p. 128.

[41] BIT, Travail forcé, op. cit., p. 41, 51.

[42] Kwabena Akurang-Parry, « Colonial Forced Labor Policies for Road-Building in Southern Ghana and International Anti-Forced Labor Pressures, 1900-1940 », African Economic History, no 28, 2000, p. 1-25. Cf. Opolot Okia, Communal Labor in Colonial Kenya : The Legitimization of Coercion, 1912-1930, London : Macmillan, 2012 ; A. Nuzula, Forced Labour in Colonial Africa, London: Zed Books 1982 ; Charles Van Onselen, Chibaro. African Mine Labour in Southern Rho­desia, London: Pluto Press 1976.

[43] BIT, Travail forcé, op. cit., p. 33-98, Buell, op. cit., tome 2, p. 1-999 ;  Kloosterboer, op. cit, p. 17-31.

[44] UNESCO (dir.), Histoire générale de l’Afrique. VIII. Afrique depuis 1935, Paris : UNESCO 1998, tome 8, p.  316.

[45] Kenneth P. Vickery, « The Second World War Revival of Forced Labour in the Rhodesias », The International Journal of African Historical Stud­ies, vol. 22, no 3, 1989, p. 423-437

[46] Rheinisches JournalistInnenbüro, (dir.) Unsere Opfer zählen nicht. Die dritte Welt im Zweiten Weltkrieg, Berlin: Assoziation a 2005, p. 136-140.

[47] Ibid. p. 71-72; David Killingray, Fighting for Britain: African Soldiers in the Second World War, Rochester : Boydell & Brewe 2012, p. 64.

[48] Frederick Cooper, Décolonisation et travail en Afrique. L’Afrique britannique et française 1935-1960, Paris : Karthala 2004, p. 102.

[49] BIT, Travail forcé, p. 25-33 ; Buell, op. cit., p. 495-507 ; Kloosterboer, op. cit., p. 119-140. Cf. Adam Hochschild, Les fantômes du roi Léopold, Paris : Tallandier 2007 ; Jules Marchal, Travail forcé pour le cuivre et pour l’or : L’Histoire du Congo, 1910-1945, Borgloon : Paula Bellings 1999 ; Jules Marchal, Travail forcé pour le rail : L’Histoire du Congo 1910-1945, Borg­loon : Paula Bellings, 2000 ; Jules Marchal, Travail forcé pour l'huile de palme de Lord Leverhulme : L’Histoire du Congo, 1910-1945, Borgloon : Paula Bellings, 2001.

[50] Flora Bertizoli / Silvia Pietrantonio, « A denied reality ? Forced labour in Italian colonies in Northeast Africa », Africana Studia, no 7, 2004, p. 227-246.

[51] Ibid., p. 231.

[52] Cf. Michael Ebner / Geoff Simons, Ordinary Violence in Mussolini's Italy, New York : Cambridge Press 2011 ; Asserate Asfa-Wos­sen / Aram Mattioli (dir.), Der erste faschistische Vernichtungskrieg. Die italienische Aggression gegen Äthiopien 1935–1941, Cologne : SH 2006 ; Costantino Di Sante, Italiani senza onore: I crimini in Jugoslavia e i processi negati (1941–1951), Milano : Ombre Corte 2005 ; Ibid, « Concentration Camps for Native La­bour on the Coast of Cyrenaica », International Labour Review, no 410, 1932, p. 410-416. Un projet de recherche sur les camps italiens durant le fascisme est dispo­nible en ligne : http://www. campifascisti.it.

[53] Peter J. Schroeder, Gesetzgebung und « Arbeiterfrage » in den Kolonien, Münster : LIT 2006, p. 358-379. Cf. Felicitas Becker / Jigal Beez (dir.) Der Maji-Maji-Krieg in Deutsch-Ostafrika 1905-1907, Berlin : Links 2005 ; Martin Schroeder, Prügelstrafe und Züchtigungsrecht in den deutschen Schutzgebieten Schwarzafrikas, Münster : LIT 1997.

[54] Cf. Jürgen Zimmerer / Joachim Zeller (dir.), Völkermord in Deu­tsch-Süd­west­afrika. Der Kolonialkrieg in Namibia (1904-1908) und die Folgen, Berlin : Links 2003.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

   

© Peter Gaida 2015