Peter GAIDA

 

 

"Saatkorn verstreut in die Winde.

Wissen wer immer es finde."

(Norbert Elias)

 

 


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"L'empire de la contrainte"

Le travail forcé dans les colonies françaises (1900-1946)

Sommaire PROVISOIRE

 

Introduction

 

1er Partie

1.      De l’esclavage au travail forcé (1848-1887)

2.      Les réquisitions en AOF

3.      Les prestations en AEF

4.      Les recrutements à Madagascar

5.      L’engagisme en Indochine

 

2e Partie

1.      La convention contre le travail forcé (1929)

2.      Le « travail public obligatoire » (1930)

3.      Les réformes du Front populaire (1936-1940)

4.      Le travail forcé sous Vichy (1940-1944)

5.      L’abolition par la France libre (1944-1946)

 

Conclusion

Annexes

Bibliographie

Introduction

 

 

« Nul ne doute que parmi les formes d’exploitation di­recte, le tra­vail forcé dé­tient la première place : l’é­­­­co­­nomie co­lo­niale et la ri­chesse en général de l’Eu­­­rope occidentale repo­sent sur l’ap­­­pro­priation des bé­néfices colossaux is­sus du tra­­vail sous la con­trainte. Peu importe la forme concrète du tra­vail for­­cé, que ce soit une simple contribution forcée à la pro­­­­­duc­tion, un ser­vice de travail obli­gatoire des hom­­mes li­bres ou encore l’es­­clavage total. La forme varie mais le fonds demeure le même : que ce soit au Le­vant, sur l’ar­chi­pel indien, en Af­rique, aux In­des occiden­tales ou en­core sur le continent améri­cain ».

 

Werner Sombart

Le capitalisme moderne (1902)

 

 

Pour Werner Sombart, l’esclavage et le travail forcé fu­rent la même chose. En 1902, l’écono­miste allemand écrivait dans son ouv­rage mo­nu­men­tal Le ca­pitalisme mo­derne que le tra­vail forcé et l’esclavage pour­suivent le même but : inté­grer l’in­­dividu par la con­trainte dans le pro­cessus de pro­duction.

Sombart voyait les origines du colonialisme moderne du­rant l’ex­­pansion italienne sur les rives de la Méditerranée. Au Le­vant au XVe sièc­le, les Slaves, les Arabes et les Turcs sous do­mina­tion vé­ni­tienne de­meuraient libres, mais furent soumis à un tra­vail obligatoire. Si la main-d’œuvre faisait défaut, Gênes et Ve­nise achetaient des es­claves en Afrique du Nord. Ce pro­ces­sus se reproduisait se­lon Sombart dans le Nou­veau Monde : le con­cept colo­nial des répu­bli­ques ita­lien­nes a été re­produit par les Por­tugais et les Es­pagnols, plus tard par les Hollan­dais, les An­glais et les Français, qui peuplaient les territoires con­­quis en Amé­r­ique, en Asie et en Afrique et qui exploi­taient leurs res­sources natu­relles. Si les « in­digènes » fai­saient dé­faut, dé­­ci­més par des mala­dies comme les Amérin­diens, les Espa­gnols et les Por­tugais ache­taient des es­claves en Afrique. Pour Som­­bart, l’ac­­­cu­mu­lation des capi­taux grâce à de nouvelles sour­ces de bé­néfices (mé­taux pré­cieux, traite d’es­claves et travail forcé) du­rant le colo­nia­lisme fut à l’ori­gine du capita­lisme moderne[1].

Si Sombart ne distinguait pas encore entre l’esclavage et le tra­vail forcé, le droit internatio­nal diffé­rencie les deux con­di­tions de­puis les an­nées 1930. La convention relative à l’escla­vage de la So­ciété des Na­tions, conclue le 25 sep­tembre 1926 à Ge­nève, défi­nit l’esclavage comme étant un « état ou condi­tion d’un in­dividu sur le­quel s’exerce l’attribut de pro­priété ». Cons­cient que l’escla­vage im­plique toujours un travail forcé, son ar­ticle 5 ajouta que « le tra­vail forcé ou obliga­toire ne peut être exi­gé que pour des fins pu­bliques[2] ».

En juin 1930, suite aux pres­sions des mouvements abolition­nistes, le Bu­reau In­terna­tio­nal du Travail (BIT) adopta une con­vention qui définit le tra­vail forcé com­­­me « tout travail ou ser­vice exi­gé d’un indi­vidu sous la me­nace d’une peine quel­conque et pour lequel le­ dit indi­vidu ne s’est pas of­fert de son plein gré[3] ». La dif­­fé­rence entre les deux si­tuations fut clari­fiée par une note de l’Af­rique du Sud : elle dé­finit l’es­clavage com­me étant un état de con­trainte perma­nente, qui im­plique un droit de pro­priété y com­pris la force de travail de l’individu ; alors que le travail ob­ligatoire est une contrainte li­mitée dans le temps, sans que l’in­dividu soit une propriété. Le tra­vailleur forcé, contrai­re­ment à l’es­clave, dis­pose plei­ne­ment de ses droits juridiques et ne cède à la con­trainte que sous la me­nace[4].

La contrainte est un terme central dans la théorie du proces­sus de la civilisation de Norbert Elias. Selon le sociologue alle­mand, la genèse des sociétés occidentales depuis le Moyen Age est due à une « mono­polisation de la violence physique », qui centralisait le pou­voir dans des institutions (principautés, royautés, états). Ce nou­veau pouvoir cen­tral permettait de paci­fier un espace et d’é­tablir un ordre social dont décou­lent des contraintes nou­velles :

 

« Si un mo­nopole de la violence se crée, il génère des espaces paci­fiés (...) nor­­­­malement libres d’actes de violence. Les con­traintes qui y ré­gnaient au­­paravant se transforment. Les formes de violence qui de­­puis tou­jours furent liées à la violence physique se dé­ta­chent d’elle ; elles chan­gent et se cons­tituent pour soi dans cet­ espace pa­ci­fié. Pour la con­science d’au­jourd’hui, elles sont les plus vi­si­bles à travers la violence éco­nomique, les contraintes écono­mi­ques [5] ».

 

Pour Elias, les contraintes extérieures imposées par un mono­pole de la violence sont intériorisées par l’individu : la con­trainte ex­­térieure (Fremd­­zwang) se transforme en contrainte in­tér­ieure (Selbst­­zwang). Or dans le contexte colonial, avant d’être in­tério­risée par les sujets colo­niaux, les contraintes extérieures (spolia­tions, impôts, travail forcé) provoquaient des résistances, des migra­tions et des révoltes. Puis, la contrainte extérieure ne prend effet que si elle est accompa­gnée par la me­nace d’une san­c­­­tion sociale. Le monopole de la violence procure au pouvoir en place l’ha­­bilité de prononcer une sanction né­gative sous forme d’une con­­damnation en cas de non-respect de la norme fixée dans le cadre juridique. Dans le contexte colonial, la me­nace se concré­tise à travers des législations spécifiques aux su­jets co­lo­niaux, les « régimes de l’indigénat », légitimant en cas de refus des sanc­tions pénales (châtiment, prison, déportation, exécu­tion) sans recours aux tribunaux.

Les deux critères du travail for définis par le BIT, la con­trainte et la menace, caractéri­sent plu­sieurs formes du travail non-libre durant le colonialisme. L’esclavage, le servage, la ser­vitude pour dettes ou le tra­vail forcé furent les bases de systèmes écono­miques des sociétés an­tiques, féodales et mo­dernes[6]. Du­rant le Mo­yen Age, le re­cul de l’éco­­nomie pécuniaire en Europe fa­vori­sait le ser­vage, selon les Na­tions Unies une « con­dition que qui­conque est tenu par la loi, la cou­tume ou un ac­cord, de vi­vre et de tra­vailler sur une terre appartenant à une au­tre per­sonne et de four­nir à cette autre personne, contre rému­né­ration ou gratui­te­ment, cer­tains services déterminés, sans pou­voir chan­­­­­­­ger sa condi­tion[7] ». Du­rant l’é­poque mo­derne, le ser­vage fut rem­­placé par la cor­vée se­igneuriale, puis royale qui im­pli­quait des jour­nées de tra­vail non rémunérées, pour la cons­truction des routes et des ponts impo­sée par un sei­gneur ou par le roi. En France, la cor­vée roy­ale fut abolie en 1789[8].

Après la dé­couverte de l’Amérique, les Espagnols et les Portu­gais introduisirent le ser­vage dans le Nouveau Monde : la couronne espa­gnole, in­capable d’administrer directement les vastes territoires con­quis aux Amériques, confiait des lots de terre aux colons qui ré­qui­si­tion­naient les Amé­rin­diens vi­vants sur ces terres pour un tra­vail sur leurs plan­ta­tions ou dans les mines. Ce système appelé En­co­mienda fut éga­lement introduit aux Philippines espagnoles (polo y ser­vicio). Aboli au XVIIe siècle, le ser­vage en Amérique du Sud fut rem­placé par un ser­vice de travail obli­ga­toire, le Reparti­miento[9]. Les Espa­gnols dé­­tour­naient parfois des formes précolo­niales du tra­vail forcé, comme le Mita qui a per­mis d’exploiter une mine d’argent à Potosi qui fut à l’é­poque la plus grande ville en Amérique du Sud[10]. Les Portugais pro­­cé­daient de la même manière en Mozam­bique (Prazo)[11].

Afin de remplacer les Amérindiens, déci­més par le tra­vail sur les plantations et les maladies im­portées par les Euro­péens, les em­­pires co­loniaux ont eu massivement recours à l’escla­vage. Mal­gré des formes différentes, qu’il s’agisse des socié­tés à es­claves dans l’An­ti­quité ou des so­ciétés escla­vagistes aux États-Unis, l’esclavage impli­quait tou­jours un travail forcé de l’es­­clave pour son propriétaire. Du­rant la traite des Noirs dans le cadre du com­merce tri­angu­laire, le Portugal a trans­­­porté entre du XVIe au XIXe siècle presque la moitié des onze mil­lions d’Af­ricains déportés aux Amé­riques dont trois mil­lions rien que dans sa vice-royauté du Brésil[12]. Pour Sombart, la rentabilité de l’es­clavage colo­nial était ga­rantie par quatre condi­tions : une éco­­no­mie de planta­tions, une surex­ploi­tation de la main-d’œuv­re, une dés­hu­mani­sa­tion de l’esclave et un pillage des res­sources natu­relles[13].

Pour Hannah Arendt, le tra­vail des esclaves en Afrique fut la seule forme d’esclavage dans l’histoire sans intention de « li­bé­rer une classe dominante pour des activi­tés supérieures ». Alors que le tra­­vail des es­claves dans l’Antiquité permettait aux ci­to­yens d’A­­thènes et de Rome d’étudier la philo­so­phie et la cul­ture, les admini­strations colo­niales utili­saient les es­claves dans leurs em­pires exclusivement pour une ex­ploitation éco­nomique, sans pour au­tant produire les bases pour une quel­conque cul­ture car « dans le con­texte colonial, des activités cul­tu­relles ne jou­aient au­cun rôle ». Pour la philo­sophe alle­mande, la pra­tique colo­niale en Af­ri­que s’aliénait de la cul­ture européenne et portait ainsi, à travers le racisme, le germe des totalita­rismes du XXe siècle[14].

Après l’abolition de l’esclavage au cours du XIXe siècle, les puis­­­sances coloniales développèrent un autre mode de re­crute­ment de la main-d’œuvre pour leurs co­lonies : la servi­tude pour dettes. Ce travail forcé déguisé est défini par les Nations Unies comme étant un « état où la condition résul­tant du fait qu’un dé­biteur s’est engagé à fournir en garantie d’une dette, ses ser­vices per­son­nels [15] ». Du XVIIe jus­qu’au XVIIIe siècle, des centaines de mil­liers d’en­gagés par­taient dans les co­­lonies britan­niques en Amé­rique. Dépourvus de moyens pour l’a­chat d’un billet pour la traversée transa­tlantique, ils si­gnaient des con­­trats avec des pas­seurs qui les re­ven­daient aux capi­taines des navires. Arri­vés aux An­tilles ou en Amé­rique du Nord, les ca­pi­taines ven­daient le con­­­trat y compris le débiteur selon les be­soins à des em­ployeurs. L’en­­gagé de­ve­nait ainsi, pour le temps fixé dans le contrat, servi­teur de son employeur qui pou­vait le re­vendre à sa guise. En 1803, une loi britan­nique (Pas­senger Act) assou­plissait les con­ditions du con­trat en accor­dant à l’engagé le choix de l’em­ployeur. Selon David Northup, plus de la moi­tié de tous les im­migrés euro­péens sont ar­rivés dans les colonies britan­niques en tant qu’enga­gés[16].

L’engagisme fut également pratiqué dans l’océan in­dien et paci­fique (Coolie Trade). Entre 1830 et 1917, des millions d’In­­­­­diens et de Chi­nois s’engageaient pour un travail dans les co­lo­nies britan­niques, fran­çaises et néerlan­daises. Dénoncé par le vice-roi des Indes britan­niques comme une « forme de tra­vail forcé », 600 000 engagés indiens mi­graient vers les An­tilles, en Af­rique orientale, à l’ile Mau­rice et à la Réu­nion et 200 000 en­ga­gés chi­nois par­taient en Amé­rique du Sud, à Cuba et en France[17]. Engagés pour plu­sieurs années, ils travail­laient sou­­vent dans des con­­di­tions très dures sur des planta­tions, sur des chan­­­tiers fer­ro­viaires et dans des mines. Les « co­olies » fu­rent égale­­ment nombreux en Indochine, notam­ment pour la construc­tion d’un chemin de fer entre l’Indochine et le Yunnan.

L’engagisme dis­parait progressivement au début du XXe sièc­le, mais le besoin de main-d’œuvre dans les em­pires colo­niaux don­na nais­sance à des formes nou­velles du tra­vail forcé. Le Bu­reau inter­na­tional du Tra­vail, en étudiant le cas de l’em­pire colonial portu­gais, distin­guait dans son rap­port de 1929 trois formes du tra­vail forcé : l’ob­­ligation au tra­vail, le service de travail et le travail pé­nal. L’ob­ligation au travail im­pliquait pour chaque in­dividu de « pourvoir à son entretien et d’amél­iorer sa condi­tion sociale ». S’il refu­sait de tra­vail­ler de son pro­pre gré, les autorités pou­vaient or­donner son envoi chez un em­ployeur pour une durée déterminée. S’il refu­sait d’ac­com­­plir ce travail obligatoire, il était con­damné à un tra­vail pé­nal[18].

Bien que spécifique à l’empire colonial por­tugais, cette dif­fé­ren­cia­tion permet de mieux comprendre le tra­vail forcé au XXe siècle. Tous les régimes fascistes, com­munistes et colo­niaux ont uti­lisé soit l’une, soit plusieurs formes du travail forcé : L’écono­mie de guerre na­zie dé­pendait du travail obli­ga­toire de millions de pri­son­niers de guerre et de travail­leurs requis, puis du travail pénal de milliers de dé­tenus dans les camps de con­cen­tra­tion.  L’ex­pan­sion japo­naise basait sur l’obligation de travail des millions d’Asia­tiques. L’Union So­vié­tique a con­damné des mil­lions de per­­­sonnes à un travail pé­nal dans les camps et colo­nies du Gou­lag. Et l’ex­ploitation colo­niale en Af­rique et en Asie re­posait sur les trois formes de travail forcé des sociétés coloni­sées. Le XXe siècle ne fut pas seulement le « sièc­le des camps », mais aussi le siècle du tra­vail forcé[19].

 

Le travail forcé durant le XXe siècle

 

Le terme « travail forcé » englobe pour le XXe siècle des ré­alités très différentes, allant d’une simple contribution forcée à la pro­duc­tion, vers un ser­vice de travail du­rant les guerres mon­diales à une deshumanisa­tion totale du travail des détenues poli­tiques durant les régimes totalitaires[20].

Dès sa création, l’Union soviétique ins­crivait dans sa pre­mière con­s­ti­tution du 24 janvier 1918 une obligation de tra­vail pour tous ses ci­toyens : « La République sovié­tique consi­dère que le tra­­vail est un de­voir de tous les ci­toyens de la Répu­blique : Qui ne tra­vaille pas ne mange pas[21] ». En 1938, l’ob­­li­­ga­tion de tra­vail fut renforcée en san­c­tion­nant toute ab­sence par un travail pénal dans un camp. Les camps et colo­nies du Goulag (« Gla­v­noïe oupra­vlenie lag­uereï ») furent durant la pre­mière moi­tié du XXe siècle un vaste système con­cen­tra­tion­naire qui coûta la vie à des mil­lions de dé­tenus poli­tiques. À l’ori­gine, les ba­gnes tsaristes (Katorga) fu­rent re­pris par Lé­nine pour les « en­nemis de classe ». Son suc­ces­seur Staline les dé­ve­loppa pour une exploita­tion éco­no­mique des vastes ter­ri­toires soviétiques en Asie et lança des pro­jets d’infrastructure, comme le canal de la Mer Blanche : long de deux cents kilo­mètres. Il fut cons­truit en seu­le­ment deux années et ser­vit com­me modèle pour d’autres projets in­dus­triels (villes, routes, che­mins de fer, mines). Dans les an­nées 1930, les camps du Goulag su­bissent des grandes fa­mines, des ar­resta­tions de masse et des exé­cu­tions som­maires. Durant la « Grande Guer­re patriotique », les camps fu­rent re­pris par la po­lice po­litique (NKVD), char­gée des pro­jets stra­tégiques pour l’économie de guerre. Selon les chiffres of­fi­ciels, un mil­­lion de détenus poli­tiques et prisonniers de guerre mouraient entre 1941 et 1945 dans les camps et co­lonies de travail du Goulag. La dis­cus­sion sur le nom­bre des victimes n’étant pas close, on es­time la po­pulation totale du Goulag entre 1934 et 1947 à 17 mil­lions[22].

D’autres régimes communistes en Europe de l’Est et en Asie suivaient l’exemple soviétique en créant des camps correction­nels pour une « rééducation par le travail ». Tous les pays com­mun­istes en Europe de l’Est (RDA, Tchécoslovaquie, Pologne, Hon­­­grie, Rou­manie, Bulgarie, Albanie) se sont dotés après la guerre de camps de travail pénal pour des détenus politiques[23]. En Chine, depuis l’arrivée des commu­nistes au pouvoir en 1949, environ 50 millions de prisonniers sont passés par des camps de « ré­édu­cation par le travail » (Laogai). Après la guerre d’Indo­chine, des pri­sonniers français furent internés dans des camps du Vietminh. Depuis l’indépendance du Vietnam, un demi-million de prison­niers politiques fut « rééduqués » dans des camps com­munistes. Le Laos communiste et le Cambodge sous les Khmers rouges ont suivi l’exemple vietnamien. Peu connu demeure le travail forcé en Birmanie sous la junte militaire ainsi que les camps de travail cor­rectionnel en Corée du Nord[24].

Pour le IIIe Reich, le travail forcé fut consubstantiel. Déjà du­rant la Grande Guerre, l’Empire allemand a eu re­cours à une obligation du tra­vail (Vaterlän­discher Hilfsdienst) pour les ci­vils alle­mands, puis aux réquisitions de la population en Po­logne et en Bel­gique[25]. Sous le ré­gime nazi, le IIIe Reich força douze mil­lions de pri­sonniers de guer­re, travail­leurs re­quis et déte­nus des camps de con­cen­tra­tion à tra­vail­ler pour sa ma­chine de guerre. Les pre­mières vic­times du travail forcé pé­nal fu­rent les « aso­ciaux », les tsi­ganes, les ho­mosexuels, les té­moins de Jé­ho­vah et les juifs, inter­nés dès 1933 dans les camps de con­­­centra­tion des SS et les camps d’« éducation par le tra­vail » de la Ges­tapo (Ar­beit­serzie­hung­slager). En juin 1935, le ré­gime nazi in­tro­duisait un service du tra­vail (Reichsarbeits­dienst) de six mois pour tous les jeunes Al­le­mands, basé sur le modèle bul­gare des an­nées 1920[26]. À par­tir de 1938, les chô­meurs juifs fu­rent en­rôlés de force dans des comman­dos de tra­vail. Durant la guerre, plus de quatre mil­lions de pri­sonniers de guerre so­vié­tiques, polo­nais, et fran­çais fu­rent mis au travail à travers un ré­seau de camps (Sta­lags). À par­tir de 1942, plus de huit mil­lions de tra­vailleurs en Eu­rope occupée fu­rent re­quis dans leurs pays ou dé­portés en Alle­magne (Reich­sein­satz). Dans l’uni­vers con­centra­tion­naire du ré­gime nazi, plus d’un million de « tra­vail­leurs esclaves » des camps et leurs comman­­dos (KZ-Au­ßen­lager) fu­rent « prê­tés » à l´in­­dustrie alle­mande par les SS qui pour­suivaient ou­ver­­te­ment un pro­gram­me de « destruc­tion par le tra­vail » (Vernichtung durch Arbeit)[27].

Les autres régimes fascistes en Europe ont suivi l’exemple nazi. En Espagne sous Franco, des milliers de prisonniers fu­rent, entre 1936 et 1947, internés dans des camps d’internement et sou­mis au travail forcé, dont le symbole est le monument Valle de los Caídos où repose la sé­pulture de Franco. La France sous Vichy a créé des camps d’interne­ment et de travail (GTE) pour plu­sieurs milliers de commu­nistes, juifs et étran­gers. Fin 1942, le ré­gime ins­taura le Ser­vice de travail obliga­toire (STO) pour 600 000 Français en­voyés en Allemagne na­zie ou u­tili­sés sur place pour des constructions mili­taires comme le « mur de l’At­lantique ». La Hongrie sous Horthy, la Roumanie sous Anto­n­escu, et la Bulgarie sous le tsar Boris III ont enrôlé de force les juifs dans des ba­taillons de travail. En Croatie, l’État fasciste du mouvement indépendantiste des Ous­tachis internait les juifs, les tsiganes et les Serbes dans plusieurs camps dont le complexe con­cen­tration­naire à Jase­novac[28]. En Europe fasciste, le tra­vail for­cé fut omni­pré­sent.

Peu connu demeure le travail forcé dans l’Empire ja­po­nais du­­rant son expansion coloniale en Asie. Le Japon si­gnait la con­ven­tion contre le travail forcé en 1932. Or, afin de préparer la guerre, il dé­créta en 1938 une « mobilisation générale du peuple pour un service de travail pa­trio­tique ». Entre 1937 et 1945, le Japon utilisait la force de tra­­­vail de mil­lions de tra­vailleurs dans son em­pire en Asie du Sud-Est. Cette main-d’œuvre fut utilisée pour le sou­tien de l’ar­mée, la produc­tion des armes, la cons­truc­tion des bases mili­taires, des routes et des rails, l’ex­trac­tion des mine­rais et la pro­duc­tion agricole. La Corée - colonie du Japon de­puis 1910 - li­vrait des sol­dats et des ouvriers, et 100 000 Co­ré­­en­nes subis­saient un tra­vail forcé sexuel dans des bor­dels mi­litaires de l’armée japo­naise (« fem­mes de ré­con­fort »). Des millions de Chi­nois tra­vail­laient pour le Ja­pon en Mandchou­rie, en Mon­go­lie et au Ti­bet. Des mil­liers de travail­leurs fu­rent éga­le­ment re­quis à Tai­wan (co­lonie japonaise depuis 1910), en Ma­lai­sie et à Singapour. En Indo­né­sie, 300 000 tra­vailleurs forcés (Ro­musha) furent déportés dans d’au­tres colo­nies et 10 000 ont dû construire à Sumatra un che­­­min de fer long de 200 kilo­mètres dé­mon­té après la guerre[29]. Il en résulta des dé­­pla­cements for­cés des po­pula­tions et des taux de mor­ta­lité impor­tants, no­tam­ment du­rant la cons­truc­tion du che­­min de fer Thaïlande-Bir­ma­nie (Death Rail­way) où 74 000 tra­­vail­leurs asiatiques et eu­ro­péens trou­vèrent la mort. Au total, plus de cinq mil­lions d’Asia­tiques ont été forcés de tra­vailler pour le Japon durant son expansion colo­niale en Asie[30].

 

Le travail forcé durant le colonialisme

 

Bien avant son apparition durant le communisme et le fas­cisme, le travail obligatoire fut déjà ­substantiel au colo­nia­lisme. Après l’a­bo­l­i­tion de la traite des Noirs et de l’esclavage au XIXe siècle, tou­tes les puis­sances eu­ropéennes ont introduit dif­fé­rentes formes de travail obli­ga­toire dans leurs pos­ses­sions outre-mer. Face aux éco­no­mies d’auto­suf­­fisance et à l’absence des marchés du travail, l’exploitation des ri­chesses en Afrique et en Asie néces­sitait l’in­troduction des services de travail ob­liga­toire, qui ren­con­traient la ré­sistance des peuples in­di­gènes, et qui fu­rent intro­duits par la force. L’effort de guerre en Af­rique et en Asie demeure peu étu­dié, alors que les em­pires co­loniaux four­nissaient des sol­dats, des travailleurs et des ma­ti­ères pre­mières aux pays bel­ligé­rants. Joseph Ki-Zerbo remar­quait en 1981 que « les peup­les africains ont dû faire face à des efforts de guerre ex­cep­tionnels. La conscription, le tra­vail forcé et l’impôt ont parfois provoqué des combats san­glants[31] ».

En 1920, La Société des Na­tions (SDN) char­geait le Bu­reau In­ter­na­tional du Travail (BIT) de rédiger une étude sur le tra­vail forcé dans les empires coloniaux. Après avoir en­tendu les pays concer­nés, cette étude pré­sente d’une façon détaillée les cadres législatifs fournis par les états membres pour chaque colonie dans l’en­tre-deux-guerres[32]. Cette étude peut être com­plé­tée par le travail remar­quable de Ray­mond Leslie Buell pu­blié en 1928 et trai­tant en deux mille pages la poli­­tique co­lo­niale des puis­sances euro­péennes en Afrique et son im­pact sur les po­pula­tions africaines[33]. Les deux permet­tent de se faire une idée pré­cise de la législa­tion du tra­vail forcé du­rant le colo­nia­lisme des an­nées 1920.

Le BIT distinguait, nous l’avons vu, trois formes du tra­vail forcé : l’obligation du travail, un service de travail et le travail pé­nal. Dans son rapport, il ajoute une autre classifica­tion se­lon la fi­nalité du travail forcé : soit pour des fins d’intérêt général, soit pour des fins d’intérêt local ou encore le travail forcé pour des fins d’intérêts pri­vées. Le rapport ob­serve qu’en 1929 le tra­vail forcé à des fins privées a officiel­lement dis­paru et que la ligne de démar­cation entre l’intérêt général et lo­cal « n’est pas toujours très nette [34] ». En ce qui con­cerne le travail forcé pour des fins pu­b­liques d’intérêt géné­ral, le rapport intro­duit une sous-classi­fi­cation qui dis­­tingue les travaux publics (routes, che­mins de fer), le portage (personnes, biens), les cas exceptionnels (inon­dations, ma­la­dies) et les cultures obligatoires (exportation, fa­mines). Cepen­dant, la do­cumentation du BIT restait tributaire des ren­seigne­ments four­nis par les états membres et, sur cer­taines colonies (In­de bri­tannique, Afrique italienne), les données demeu­rent très la­cu­naires.

Regardons maintenant la situation dans les empires colo­niaux. Après avoir dominé durant plu­sieurs siècles des vastes ter­ritoires en Amé­rique, l’Espagne perd en 1899 égale­ment les Phil­ip­pines au profit des États-Unis et ne garde dans les an­nées 1920 que quelques pe­tits ter­ri­toires en Afrique dont les en­claves au Maroc, le Sahara occi­dental et la Guinée équato­riale. Face au manque de main-d’œuvre pour leurs plan­ta­tions, les Es­pagnols im­portaient des tra­vail­leurs du Liberia et ont eu re­cours au tra­vail forcé : une loi du 6 août 1906 im­posa une obli­ga­tion du tra­vail pour toute per­­sonne « sans pro­priété, profes­sion ou oc­cupa­tion » : par conséquent, elle fut pla­cée sous la tutelle de l’administration co­lo­niale (Cura­duria) et employait sous la con­trainte pour l’État ou pour des par­ti­cu­liers. Seul les Bu­bis, après une guerre san­glante, restait ex­emptée du tra­­vail forcé[35]. L’Es­pagne ratifiait la conven­tion con­tre le tra­vail forcé en 1932.

Au XIXe siècle, le Portugal perdait le Brésil mais dé­velop­pait en contrepartie ses colonies en Afrique, notam­ment l’An­gola et le Mo­zam­bique. Selon un décret du 14 octobre 1914, tous les in­di­gènes des colo­nies portu­gaises fu­rent sou­mis à une obliga­tion de travail. Tout homme valide fut soumis à l’obli­gation mo­rale de tra­vailler afin de ré­pri­mer l’oisiveté. Si l’indi­gène re­fu­sait de tra­vail­ler, les autori­tés colo­niales étaient habili­tées à le placer chez un em­ployeur pour trois mois dans le cadre d’un travail obli­ga­toire (Chibalo). S’il refusait, il était con­damné au travail correction­nel, sous prétexte de désertion ou de vaga­bon­dage[36]. En An­gola, une loi de 1913 per­met­tait la réquisi­tion des travail­leurs pour un « tra­vail public gratuit » : en 1921, la colonie au­­­rait dis­posé de 150 000 travail­leurs pour une durée de six mois. En Mo­zam­bique, l’impôt de case im­pli­quait un tra­vail obli­ga­toire de sept jours pour la construc­tion des routes, y com­pris pour les fem­mes. Un travail obli­gatoire à des fins pu­bliques fut égale­ment imposé en Gui­née-Bissau, à Sao Tomé et au Timor[37]. Jo­seph Ki-Ze­rbo constatait que « le travail forcé fut le mo­teur principal pour l’éco­nomie des terri­toires portu­gais[38] ». Le Portu­gal ratifiait la con­ven­tion contre le tra­vail forcé seule­ment en 1956.

Le colonialisme néerlandais a connu un âge d’or au XVIIe sièc­le avec des comptoirs et des colo­nies sur tous les conti­nents (Antilles, Ceylan, Indes orientales) sous la direction de la puis­sante Com­pa­gnie néerlandaise des Indes orientales (VOC, 1602-1798) qui exploitait ses terri­toires à travers un sys­tème de cul­tures for­cées (culturstel­sel) intro­duit en Indoné­sie par les gou­verneurs Herman Daendels puis Jo­hannes van den Bosch. Le « maréchal de fer » Daendels imposait, sous la me­nace de mort des chefs de village, la construction d’une route (Groote Post­weg) de mille kilomètres à travers l’île de Java qui aurait couté la vie à 12 000 Javanais. Aboli en 1870, le sys­tème de cultures forcées fut rem­placé par trois services de travail en­ca­drés par la loi et soumis à l’ac­cord du gouver­neur : le hee­ren­dienst pour le compte de l’État colo­nial, le deesa­dienst pour le village et le pantjendienst pour les no­tables locaux[39]. En 1926, une statis­tique officielle in­di­quait que sur 1,3 mil­lions de sujets co­loniaux aux Indes orientales néer­lan­daises soumis au heeren­dienst, 801 028 ou­vriers ont dû ac­complir un service de travail de 20 jours en moyenne, ac­cumu­lant ainsi 14 millions de jours de tra­vail. Un demi-million a pu se libé­rer du service par un ra­chat, pour un total de 3,6 millions de flo­rins. Selon Hendrik Wesse­ling, le modèle hollan­dais aurait au début du XXe siècle in­fluencé la politique colo­niale fran­çaise[40]. Le hee­ren­dienst fut aboli aux Indes or­ien­tales néer­lan­daises en 1941 mais, durant l’oc­cupation japonaise, les Indoné­siens furent de nou­­veau sou­mis au travail forcé par l’armée nippon.

L’empire colonial britannique fut la première puis­sance colo­niale à abo­lir l’esclavage en 1834. Par conséquent, l’escla­vage fut rem­placé par l’engagisme et, surtout en Afrique coloniale, par le travail forcé. Le tra­vail dans l’empire colonial bri­tan­nique était basé sur l’indirect rule des compagnies con­ces­sionnaires, encadré par plusieurs lois dont le Mas­ters and Ser­vants Act du 1910 qui réglait les conditions de travail et de vie des travail­leurs. En Afri-que orientale an­glaise (Kenya, Tan­zanie, Nyassa­land, Ou­ganda et Zanzibar), le travail forcé, rémuné­ré et or­ga­nisé par des chefs locaux, fut autorisé 60 jours par an pour des travaux publics et le portage (Kasanvu). En 1922, 13 000 ou­vriers furent recru­tés au Kenya et 33 000 porteurs en Tanzanie[41]. En Afrique occi­dentale anglaise (Gam­bie, Sierra Leone, Ghana, Nigeria), la légi­slation fut moins dé­ve­loppée et le recours au tra­vail obligatoire fut fré­quent, no­tamment pour la construc­tion des routes et des chemins de fer. En Nige­ria, tous les che­mins de fer et les routes ont été cons­truits par une main-d’œuvre obligatoire, recrutée par les auto­rités indigènes (« political la­bour »). En 1927, l’administration co-loniale employait 66 000 por­teurs au Sierra Leone. Dans le Sud du Ghana, tous les chan­tiers de routes entre 1900 et 1940 ont reçu des tra­vailleurs for­cés[42]. En Asie bri­­tan­nique (Inde, Chy­pre, Malaisie, Ceylan), le por­tage fut la seule forme de tra­vail obli­gatoire. En Océanie britannique (Pa­pouasie, Samoa, Nauru, Nou­velle-Guinée, Tonga, Fidji), les ad­mi­nistrations bri­tanniques impo­saient le portage et la culture obligatoire. En Amé­rique britannique (Hon-duras, Gu­yane, An­tilles), le tra­vail forcé se li­mi­tait à l’entretien des routes[43]. Seul l’Union sud-afri­caine, recrutant des enga­gés en Inde et au Mo­zambique, n’a pas introduit le travail ob­li­gatoire, mais des lois contre le « vaga­bondage » qui permet­taient de condamner un in­digène sans em­­ploi à un travail pénal. D’une manière gé­nérale, le BIT con­sta­tait en 1929 que le tra­vail forcé dans l’em­­­pire bri­tan­nique devenait ex­ceptionnel, fut bien encadré par la loi et en voie de disparition. En 1931, le Royaume-Uni signait la con­ven­tion contre le tra­vail forcé.

Or du­rant la Seconde Guerre mondiale, l’effort de guerre con­tre l’Al­lemagne nazie poussait le premier ministre Winston Chur­chill, mal­gré l’opposition du Parti tra­­­vailliste, à réintro­duire en 1942 le tra­vail forcé dans les colonies bri­tan­niques en Afrique : en Tan­za­nie, 80 000 Afri­cains furent recru­tés pour la production du coton, du café, du riz et surtout du si­sal indis­pen­­sable pour la produc­tion des cordes. Au Kenya, 160 000 tra­­vail­leurs furent recrutés comme porteurs[44]. En Rho­désie du Nord, 30 000 Af­ricains furent re­crutés pour un program­me d’aviation. En Rhodé­sie du Sud, envi­ron 100 000 Africains ont dû tra­­vail­ler dans le cadre du Com­pulsory Native La­bour Act[45]. Les sa­laires dans les mines de cuiv­re attiraient la main-d’œuv­re qui man­quait sur les planta­tions : par con­séquent, l’admi­nistration créa des unités de tra­­­vailleurs africains, en­voyés sur les fermes des colons pour un shil­ling par jour[46]. Au total, l’ad­ministration coloniale re­cruta un demi-mil­­lion d’Af­ricains durant la Seconde Guerre mondiale, dont près de 200 000 en­voyés au Proche-Orient et en Birma­nie[47]. Frede­rick Co­­oper con­statait qu’on « maquilla ce tra­vail forcé sous des noms com­me le Mi­li­tary La­bour Corps, le East Af­ri­cain Mi­li­tary Labour Ser­vice, le Af­ri­cain Auxi­liary Pio­neer Corps ou le West Af­ri­cain Military Labour Corps[48] ».

Le Congo belge est tristement célèbre ayant été entre 1885 et 1908 la propriété privée du Roi belge Léopold II qui mettait en œuvre dans « sa » colonie un régime de travail forcé d’une ex­trême bru­talité. Pour l’exploitation du caout­chouc et de l’ivoire, il créait une milice privée (force publique) qui pre­nait les fem­mes en otages afin de forcer les hommes au travail. Ce régime de ter­reur, accom­pagné de tortures, de mu­tilations et de mas­sacres, aurait diminué la popu­la­tion du Congo de dix mil­lions de personnes. Sous la pression in­ter­natio­nale, Léo­pold II cédait le Congo à l’État belge qui conti­nuait d’avoir re­cours au travail forcé : la lé­gislation de l’État indé­pen­dant du Congo pré­voyait la réquisition des travailleurs de la « deu­xième por­tion du contin­gent » de la mi­lice pour l’exécution de tra­vaux d’utilité pu­blique. Après un dé­cret du 3 juin 1906, les travail­leurs étaient as­treints à une du­rée de ser­vice de cinq an­nées. Ils furent employés à la construction des routes, pour le portage, pour les cul­tures obligatoires, dans des mines ainsi que sur des plan­­tations du caoutchouc et de l’huile de palme, no­tamment pour l’en­­treprise Lever. Quant au Ruanda et au Urundi sous man­dat belge, seul l’ob­li­­gation de cultiver des vi­vrières fut imposée. La Bel­gique ratifiait la con­ven­tion contre le tra­vail forcé en 1944[49].

D’autres puissances européennes arrivant plus tardivement à l’unité na­tio­nale comme l’Al­lemagne et l’Italie ont également eu re­cours au travail forcé dans leurs colo­nies. Le travail forcé dans l’empire co­lonial italien de­meure encore ignoré par les historiens[50]. ­L’Italie fas­ciste si­gnait la convention contre le tra­vail forcé en 1934. Pourtant, une loi ita­lienne d’avril 1935 per­mettait la ré­quisi­tion de la main-d’œuv­re locale pour 60 jours en Af­rique orientale. En Érythrée, le travail forcé fut auto­risé pour l’entretien des chemins vicinaux et certains au­tres travaux. En Somalie, les Ban­tous fu­rent soumis au tra­vail forcé dans le cadre d’un pro­jet d’irrigation du fleuve Gé­nale[51]. L’oc­cu­pation ita­lienne de la Ly­bie (1935-1941) fut éga­lement réalisée par l’utili­sation du gaz pour bri­ser la résis­tance des Se­noussis et la créa­tion des camps pour leur con­cen­tration. Du­rant son expan­sion coloniale en Af­rique orientale, en Ly­bie et sur les Balkans, l’Ita­lie fasciste créa de camps de concentra­tion et de tra­vail pour des mil­liers d’Afri­cains, Arabes, Slaves et Juifs[52].

Quant à l’Allemagne, elle possédait durant un demi-siècle le qua­t­rième empire colonial du monde. L’Empire allemand créa de sa pro­clamation en 1871 jusqu’au traité de Versailles (1919) un vaste espace co­lo­nial en Afrique occidentale, en Af­rique or­ientale et en Océanie. Dans toutes ses possessions, la ques­tion de la main-d’œuvre fut au cœur de la politique colo­niale : l’éco­no­mie de sub­sis­tance et l’absence des marchés du tra­vail pous­saient l’Em­­pire al­lemand à introduire le travail obli­gatoire, la cul­­­ture obli­gatoire et l’impôt de case, à ac­quitter en nature ou par le tra­vail (« Mus­kel-s­teuer »). Cependant, le tra­vail for­­cé pour des intérêts privés demeu­­rait interdit, sauf en Afrique orientale[53]. En Tan­za­nie, une loi de mars 1903 per­met­tait la ré­qui­sition pour 24 jours des in­digènes, surtout em­ployés à la construc­tion des routes et sur des plan­tations pri­vées. En­viron 15 000 indi­gènes ont cons­truit un che­min de fer de mille kilo­mètres en Tan­zanie (Tan­ganjikabahn). Le tra­vail forcé fut à l’ori­gine de la guerre de Maji-Maji (1905-1907) qui se solda par la mort de dix mille Africains. Au Togo, l’ad­mini­stration décréta une obli­ga­tion du travail pour tous les indigènes dont 5 000 fu­rent em­ployés à la con­s­truc­tion du chemin de fer Lomé-Aného (1904-1905). En Nami­bie, des lois sur le « vaga­bon­dage » per­mettaient la ré­qui­­­­si­tion temporaire des indi­gènes. Suite à un soulè­vement des He­re­ros et des Namas (1904-1908), les autorités coloniales cré­aient des camps de concen­tration, impo­saient un tra­vail forcé pour la con­struction d’un che­­min de fer et dé­cré­taient fi­nale­ment leur « ex­termination » : la mort or­don­née de 100 000 He­re­ros et Namas fut le pre­mier gé­nocide du XXe siècle[54].

 

 

Le cas de l’empire colonial français

 

Ce rapide survol historique démontre que le colonialisme eu­ro­péen dépendait économique­ment des plusieurs formes du tra­vail non-libre : le servage fut importé au XVIIe siècle par les pre­miers colo­nisateurs en Amérique du Sud, l’esclavage au XVIIIe sièc­le fut la base du com­merce triangulaire, l’engag­isme au XIXe siècle four­nissait de la main-d’œuvre aux colo­nies sous-peuplées, et le travail forcé a permis aux Eu­ro­péens d’exploiter leurs em­pires outre-mer durant le XXe siècle. En ce qui con­cerne le tra­vail forcé pro­prement dit, il faut donc dis­tinguer une « obligation de travail » qui con­cerne tous les ha­bitants d’un ter­ritoire (com­me en URSS et dans l’empire portugais), un « service de tra­vail » tem­­poraire et ciblé (com­me le STO) et un « tra­vail pénal » suite à une con­dam­nation (par exemple pour « va­gabon­dage »).

Ce rapide survol historique démontre aussi que la politique de la main-d’œuvre indigène dans l’em­pire colonial français s’in­­scrit dans un con­texte temporel et spa­tial. Comme pour les autres puis­sances eu­ro­péennes, la question de la main-d’œuvre fut au cœur du projet colo­nial français, que ce soit en Afrique, à Ma­dagascar ou en Indochine. Le mi­nistre des colo­nies Al­bert Sarraut écrivait en 1923 que « toute l’œuv­re de colonisation, toute la besogne de création de richesse est do­­minée aux colo­nies par la question de main-d’œuvre[55] ». Le BIT con­statait dans son rapport de 1929 au sujet de la France que « les ré­qui­si­tions de main-d’œuvre pour les travaux publics sont parfois for­melle­ment autori­sées par des textes lé­gisla­tifs ». Le rapport poursuit que « la com­plexité de la légi­slation française appli­cable aux colonies rend assez malaisé un exposé systématique des textes relatifs aux di­verses formes de travail forcé dans l’empire fran­çais[56] ». Notre étude tente de comprendre cette « com­­plexité » car nous con­­­­sidérons le travail forcé consubstan­tiel au colonia­lisme français.

En revanche, nous sommes loin d’être le premier à s’intér­es­ser à ce sujet. Edouard Dekker dénonçait en 1860 dans son ro­man Max Havelaar la situation des indi­gènes aux Indes néer­lan­daises. Joseph Con­rad dé­cri­vait en 1899 dans sa célèbre nou­velle Cœur des té­nèbres le règne de terreur de Léopold II au Congo belge[57]. Le rap­­port de la mission d’en­quête de Sa­vorgnan de Brazza de 1905 - publié seulement cent ans (sic) après sa ré­dac­tion - observait que « pour obtenir de la main-d’œuv­­re au Congo, où le salariat n’existe point, il faut, ou bien con­traindre l’in­di­gène au tra­vail par la force, ou bien l’y inciter par l’ap­pât du gain. La pre­mière mé­thode em­porte toutes les pré­férences, com­me étant la plus fruc­tueuse[58] ». En 1907, l’In­ter­­na­tionale so­cialiste réunie au congrès de Stutt­gart considé­rait que « la poli­tique coloniale capitaliste mène né­ces­saire­ment à l’as­ser­visse­ment, au travail forcé et à la destruction des po­pula­tions indi­gènes[59] ». En 1929, le missionnaire Francis Au­piais fu­s­ti­geait le travail forcé « portant atteinte à la li­berté indivi­du­elle et don­nant naissance à un état analogue à l’es­cla­­vage[60] ». Dans les an­nées 1930, André Gide dénonçait dans Vo­­yage au Congo la con­struc­tion du chemin de fer Congo-Océan étant un « ef­froyable con­som­­­mateur des vies hu­maines » tandis qu’Albert Londres déplo­rait l’ab­­­sence de mo­to­risation (« mo­teur à ba­nanes ») dans les ex­­ploi­tations du caoutchouc en Afrique fran­­­çaise[61].

Suite à cette mé­diatisation relayée par la presse, les scienti­fiques s’em­­­paraient de la ques­tion. Outre Sombart et Buell déjà évo­qués, le sociologue Joseph Fol­liet considé­rait en 1934 le tra­vail forcé « inferieure à l’esclavage car le maître avait un in­térêt à garder en bon état un matériel humain qui lui avait couté de l’argent, tandis que le tra­vailleur for­cé est livré sans ga­ranties à l’irresponsabilité des admi­nis­tra­tions[62] ». Jo­seph Fol­liet fut l’un des rares universitaires dans les années 1930 à condam­ner le tra­vail forcé : nous verrons que la majo­rité d’ouv­­­rages à ce sujet ont tenté de démontrer le bien-fondé de cette pra­tique[63]. En 1935, le philosophe Félicien Chal­laye constatait que « de­puis le dé­but du XXe siècle, les noirs du Con­­go sont soumis à un ré­gime de tra­vail forcé comparable à l’es­cla­vage[64] ». En 1943, la phi­­lo­sophe Simone Veil écrivait que « le tra­vail forcé a été extrê­­­me­ment meurtrier dans l’Af­ri­que noire fran­çaise, et la mé­thode des dé­por­tations mas­sives y a été pratiquée pour peupler la boucle du Niger. En In­do­chine, le tra­vail forcé existe dans des planta­tions sous des dé­guise­ments trans­pa­rents[65] ».

En 1962, Jean Su­ret-Ca­nale obser­vait que le régime de travail dans les colonies fran­çaises donnait « l’ex­­­emple d’un de­gré d’op­­­­pres­sion et d’arbi­traire ra­rement at­teint, même dans les co­lonies portugaises et belges[66] ». En 1967, Gilles Sautter analy­sait la construction du chemin de fer Congo-Océan mo­bilisant 127 000 travailleurs forcés dont 16 000 ont trouvé la mort[67]. En 1973, Catherine Co­query-Vi­dro­­­­­vitch constatait que « à défaut de technique, de personnel, de maté­riel, bref de ca­pi­taux, on crut pou­voir faire repo­ser le système sur la con­trainte érigée en principe de colonisation[68] ». En 1978, Hilaire Ba­­ba­s­sana, en examinant le sala­riat à travers le pris­me du mar­xisme, con­cluait que le tra­vail obligatoire en Afrique fut appli­qué avec « beau­­­coup de cynisme et de brutalité[69] ». Léon Kap­tué obser­vait pour le Cameroun que « des milliers d’Afri­cains furent ra­flés et con­duits au service de ceux qui ex­ploitèrent de manière éhon­tée la force de leurs bras[70] ». En 1993, Baba­car Fall con­sa­crait une première étude au travail forcé pratiqué en Af­rique oc­cidentale fran­­çaise. Il dis­tinguait cinq formes de travail forcé en AOF : la ré­qui­si­tion adminis­trative, la prestation fiscale, le re­crutement mili­taire, la cul­ture obli­gatoire et le tra­vail pénal[71]. Notre étude suit ce travail pion­nier, en élargissant le champ d’études sur tout l’em­pire co­lonial français.

Depuis, d’autres travaux ont examiné des cas précis : Pierre Mol­­lion a décrit le drame du portage en Afrique centrale, et Jean Fre­mi­gacci constatait pour le Ma­dagascar que le travail forcé ne fut pas un abus ex­ceptionnel, mais « le résultat normal du fonc­tionnement d’un sys­tème ». Pierre Kalck, ancien admi­nistrateur en Oubangui-Chari, dénon­çait en 1992 l’hypo­crisie de la poli­tique coloniale : « l’ob­­liga­tion du travail était érigée en règle gé­nérale pour les indigènes. Le travail forcé ne pou­vait ce­pen­dant être officiellement proclamé ». Yves Be­­not remarquait à juste ti­tre qu’une « institution jamais reconnue » a tout de même dû être « a­bolie par une loi en 1946[72] ». Pour la Côte d’I­v­oire, Chi­kouna Cissé critiquait que « la mise en valeur fut à bien d’égards, une entreprise de bru­talité, de dé­sta­bili­sation, de déstructuration, mais aussi de des­hu­manisation du tra­vail à laquelle elle a enlevé toute sa no­blesse[73] ». An­dré En­­­­gam­bé obser­vait pour le Congo français que « l’im­­­pôt sous toutes ses formes, son évo­lu­tion et les expédi­tions qui s’en sont suivies, a généré le travail forcé[74] ». Cou­rier Ka­kou attestait aux autorités fran­­­çaises au Togo « les mêmes pratiques qu’à la pér­iode alle­mande [75] ». René-Pierre Anouma, auteur de plusieurs ouvrages sur le travail forcé en Côte d’Ivoire auxquels notre travail reste tributaire, remarquait que « la question de la main-d’œuvre fut la clef de voûte de tout le système colonial[76] ». Pour Zan Semi-Bi, la « mobilité forcée » des travailleurs en Côte d’Ivoire a contribué à une « dé­tribalisation » de la colonie[77]. En ex­a­minant l’AOF, Ruth Ginio indiquait que « la plu­part des con­tempo­rains con­si­déraient le travail obligatoire sous Vichy plus dur et plus cruel qu’au­­para­vant[78] ». Olivier Le Cour Grand­maison a dé­montré que le regime de l’In­digénat fut la base ju­ridique du tra­vail forcé colonial « imposé aux po­pulations indigènes tout au long de la IIIe République, sous le régime de Vichy et dans cer­tains terri­toires d’Af­rique et d’Asie con­trôlés par la France li­bre[79] ». En som­­me, tous les obser­­vateurs sont unanimes pour dire que la question de la main-d’œuv­re fut substantiel au colonialisme français, mais une vue d’en­semble du travail forcé aux colonies françaises fait encore défaut : Marc Michel remarquait en 2009 que le travail for­cé « court comme un fil rouge dans la littérature et les études sur la colonisation, mais, curieusement, il a fait l’objet de peu d’études spécifiques[80] ».

 La présente étude tente une synthèse de ces travaux en ajoutant les docu­ments disponibles aux Centre d’archives d’outre-mer (CA-OM) à Aix-en-Pro­vence. Les séries consultées au CAOM

Ainsi, l’é­tude tente de dé­mon­trer que le second empire colonial français a dé­veloppé durant la pre­mière moitié du XXe siècle cinq for­mes de travail forcé dans ses territoires outre-mer :

 

·         le travail administratif (réquisitions)

·         le travail fiscal (prestations)

·         le travail militaire (recrutements)

·         le travail agricole (cultures obligatoires)

·         le travail pénal (travaux forcés)

 

Nous utilisons le terme « tra­vail forcé » dans le sens d’un tra­vail non-libre défini par l’OIT plus haut. Durant les négociations dans les années 1920 pour la convention contre le travail forcé, la délégation française auprès du Bureau International du Travail a refusé le terme tra­vail forcé considéré trop proche des tra­vaux forcés qui dési­gnent en France une peine du droit com­mun. Par con­séquent, le gou­ver­nement a demandé d’em­­­­­­­­­­­ployer dans la version fran­çaise de la convention le terme de travail publique obliga­toire. Le terme pu­blic fut rejeté par le BIT étant donné que cer­taines puissances colo­niales utili­saient le tra­vail for­cé à des fins privées. Puis, face au pro­blème de devoir dési­gner à la fois un « tra­vail réquisi­tionné dans des condi­tions ex­cep­tion­nel­les » et un « tra­vail com­­­munal réservé aux formes cou­­­­­­­­tum­ières », la Com­­mis­sion d’experts du BIT optait pour un « em­­­­ploi si­­­multané des deux termes[81] ». Autrement dit : pour le BIT, les termes « travail forcé » et « travail obligatoire » désignaient le même phénomène, et c’est ainsi que nous utilisons les deux ter­mes.

Qu’est-ce que la réquisition administrative ? La Grande En­cyclopédie Larousse définit la réquisition (lat. requi­sitio, « recher-che ») comme une « procédure de contrainte, qui per­met à l’ad­­mi­ni­­stration, au nom de l’intérêt général, d’ob­­­­­li­ger les parti­cu­liers à céder leur bien ou à effectuer cer­taines pre­s­tations dans des con­ditions défi­nies par la loi[82] ». La réquisition militaire apparait pour la première fois dans le droit français après la défaite de 1871 : une loi du 3 juil­let 1877 autori­sait les réquisi­tions militaires des viv­res et des logements pour « sup­­­pléer à l’in­suf­fisance des mo­yens or­­­di­naires de l’armée[83] ». Le 17 janvier 1893, un décret étendait les ré­quisitions militaires aux colonies[84]. Quant à la ré­­­­­­qui­sition ci­vile, elle n’ap­paraît qu’à la veille de la Seconde Gu­erre mon­­­­­diale : la loi du 11 juillet 1938 sur l’orga­ni­sation de la na­­­tion pour le temps de guer­­re prévoyait la réquisition civile « soit de person­nes, soit de biens (…) pour les be­soins du pays[85] ». Donc, en métropole, la légi­sla­tion de la IIIe République autorisait la réqui­sition des citoyens nationaux seulement en temps de guerre, alors que les sujets colo­niaux, une fois libérés de l’es­­­cla­vage, fai­saient l’objet des réquisitions systématiques légitimées par un droit colonial spécifique, le « régime de l’indi­génat ».

Qu’est-ce que la prestation fiscale ? Une prestation (lat. praestatio, « acquittement ») est un service ou un travail exécuté pour s’acquitter en nature ou en argent d’une obligation légale ou contractuelle[86]. En France, la prestation découlait de la corvée roy­ale de l’Ancien Régime édictée le 12 mars 1776 pour les travaux vicinaux[87]. Abolie en 1789, la « corvée des chemins » fut réintroduite sous forme de « prestations » en nature ou en argent par une loi du 28 juillet 1824, applicable à tous « habitants, chefs de famille, à titre de propriétaires, de régisseur, de fermier ou de colon particulier[88] ». Le 21 mai 1836, une nouvelle loi fixait les prestations à trois jours par an. Le 30 mars 1903, une loi sur une « taxe vicinale » permettait aux communes de voter des prestations, soit en nature soit en argent, et de demander à l’industrie de subventionner les tra­vaux d’entretien des routes. La taxe vicinale se fondait finalement en 1960 dans l’impôt foncier. Les prestations fiscales furent également introduites au début du XXe siècle dans un grand nom­bre de colonies fran­çaises (AOF, AEF, Indochine, Madagascar, Nouvel­le-Calé­donie), afin de doter l’admini­stration coloniale de la main-d’œuv­re nécessaire pour des travaux d’intérêt public, no­tamment pour la con­­­struction et l’entretien des routes car­rossables et des voies ferrées. La prestation découlait de l’impôt de capitation, payable soit en argent à des taux variables soit à fournir sous forme de plusieurs journées de tra­vail gratuit. Les prestations furent également introduites par d’au­­tres puissances coloniales, par exemple dans les co­lo­nies allemandes en Afrique[89].

Qu’est-ce que le recrutement militaire ? Sous l’Ancien Ré­gime, les troupes coloniales furent dans un premier temps recrutées par les compagnies privées de colonisation. Le 18 août 1772, une ordonnance du roi créa les premiers régiments aux colonies rattachés au dépar­tement de la Marine. Le 3 mai 1848, un décret introduisait, à dé­faut de volontaires, le recrutement par voie d’appel des ci­toyens français abrogé quelques années plus tard. Quant aux sujets coloniaux, un décret du 21 juillet 1857 créa un corps d’infanterie indigène sous le nom de « tirailleurs sénéga­lais ». Le 30 juillet 1919, un décret organisait le recensement et le re­­crutement des indigènes en Afrique française. Contraire­ment à l’Asie, le contingent en Afrique fut divisé en deux parties : les indigènes choisis par tirage au sort furent in­cor­porés dans la « première portion » pour un service actif de trois ans. En revanche, les recrus de la « deuxième portion » demeuraient pendant trois ans à la disposition de l’autorité militaire. En octobre 1926, deux décrets pour Madagascar et pour l’AEF permettaient l’emploi de la « deu­x­ième portion » à des travaux d’intérêt publics[90].

En examinant les réquisitions, les prestations et les recrutements, nous suivons ainsi l’analyse de Babacar Fall pour l’AOF, tout en ajoutant une six­ième forme déguisée du travail forcé qui est l’en­gag­ement contractuel appliqué en Indochine. Qu’est-ce que l’en­gage­ment contractuel ?

En re­vanche, notre étude ne traite qu’épisodiquement les cultures obligatoires et le travail pénal. Les archives consul­tées ne per­mettent pas d’ana­lyser ces deux catégories d’une façon satisfaisantes, étant donné qu’el­les ne font que très rarement l’ob­jet des rapports de l’ad­mi­ni­stration coloniale et de l’Inspection du tra­vail. Notre étude ne traite pas non plus les très anciennes colonies des Antilles, la Guyane, la Réunion et l’In­de. Elle n’étudie non plus les colonies acquises entre 1815 et 1860, notamment l’Océanie, les Nouvelles-Hé­brides et la Côte des Somalis. Notre étude laisse également de côté l’Afrique française du Nord, avec l’Algérie française et les deux protectorats du Maroc et de la Tunisie qui n’ont guère connu le travail obligatoire, tout comme le Liban et la Syrie sous mandat français.

 L’étude focalise sur ce que le Traité de droit colonial de 1931 ap­pelait « les quatre grands empires coloniaux[91] » : Afrique occi­dentale, Afrique équatoriale, Madagascar et Indochine. La première partie décrit les différentes formes du travail forcé dans ces « quatre grands empires », de son introduction dans le « régime de l’indigénat » en 1887 jusqu’à son interdiction par la Société des Nations en 1930. La seconde partie de l’étude retrace l’évolution du travail forcé, de son légalisation par la IIIe République en 1930, en passant par les réformes du Front populaire et le durcissement sous le régime de Vichy, jusqu’à son abolition par la France libre en 1946.

 

 


 

[1] Werner Sombart, Der moderne Kapitalismus, Leipzig : Duncker 1902, vol. 1, p. 348.

[2] Société des Nations, Convention relative à l’esclavage du 25 sep­tembre 1926.

[3] Organisation International du Travail, Convention (no 29) sur le tra­vail forcé du 28 juin 1930.

[4] Hartwig Bülck, Die Zwangsarbeit im Friedensvölkerrecht, Göttin­gen : Van­­den­hoeck & Ruprecht 1953, p. 10.

[5] Norbert Elias, Über den Prozess der Zivilisation, Frankfurt/M.: Suhrkamp, 199720, tome 2, p. 331 (traduction par l’auteur).

[6] Cf. Elisabeth Hermann-Otte, (dir.) Unfreie Arbeits- und Lebensverhältnisse von der Antike bis in die Gegenwart, Hildesheim : Olms 2005 ; Alessandro Stanziani (dir.), Le travail contraint en Asie et en Europe XVIIe-XXe siècles, Paris : FMSH, 2010 ; Tom Brass / Marcel van der Linden, Free and unfree labour: the debate continues, Bern: Peter Lang 1997 ; Paul Lovejoy / Nicholas Rogers (dir.), Unfree Labour in the Development of the Atlantic World, Lon­don : Rout­ledge 1994 ; Leonie Archer (dir.), Slavery and Other Forms of Unfree Labour, London : Routledge 1988 ; Willemina Klo­­oster­boer, Involuntary Labour since the Abolition of Slav­ery, Leiden : Brill 1960.

[7] Nations Unies, Convention supplémentaire relative à l'abolition de l'esclavage, de la traite des esclaves et des institutions et pratiques analogues à l’esclavage du 30 avril 1956.

[8] Cf. Monique Borin (dir.), Pour une anthropologie du prélèvement seigneurial dans les campagnes médiévales (xie-xive siècle). Réalités et représentations paysannes, Paris : Publications de la Sorbonne 2004.

[9] Cf. Lesley Byrd Simpson, The Encomienda in New Spain : Forced Native Labour in the Spanish Colonies, Berkeley : California Press 1982 ; Vittorino Godinho, « Le travail forcé dans le Mexique colonial », Annales. Économies, Sociétés, Civilisations, vol. no 4, 1948, p. 488-490.

[10] Cf. Enrique Tandeter, L'argent du Potosi : coercition et marché dans l'Amérique colonial, Paris : EHESS 1997.

[11] Bülck, op. cit., p. 11. Cf. Malyn Newitt, « The Portuguese on the Zambezi : An Historical Interpretation of the Prazo System », The Journal of African History10, 1/1969, p. 67–85.

[12] Olivier Pétré-Grenouilleau, Les Traites négrières, essai d’his­toire globale, Paris : Gallimard 2004, p. 166.

[13] Sombart, op. cit., p. 692-708.

[14] Hannah Arendt, Elemente und Ursprünge totaler Herrschaft, Mün­chen : Piper 20114, p. 420.

[15] Nations Unies, Convention supplémentaire relative à l’abolition de l'esclavage, de la traite des esclaves et des institutions et pratiques analogues à l'esclavage du 30 avril 1956.

[16] David NorthrupIndentured labor in the age of imperialism 1834-1922, Cambridge : Cambridge Press 1995, p. 4.

[17] Ibid. p. 25, 37, 38, 53, 61.

[18] BIT, Travail forcé. Rapport et projet de questionnaire, 12e session, Genève 1929, p. 130.

[19] Joël Kotek/Pierre Rigoulot, Le siècle des camps, Paris : Lattès 2000.

[20] Kerstin Lingen/Klaus Gestwa (dir.), Zwangsarbeit als Kriegsressource in Europa und Asien, Paderborn : Schoenigh 2014. Nous nous per­mettons de renvoyer à notre publication : Peter Gaida, « Le travail en temps de guerre », Alya Aglan/Robert Frank, (dir.) 1937-1947. La guer­re-monde II, Paris : Gallimard 2015, tome 2, p. 1920-1971. 

[21] Cité par Bülck, op cit. p. 89.

[22] Cf. Anne Applebaum, Goulag: une histoire, Paris : Grasset 2005 ; Paul Gregory/Valery Lazarev, The Economics of Forced Labour. The So­viet Gulag, Stanford : Hoover 2003 ; Edwin Bacon, The Gulag at War: Stalin's Forced Labour System in the Light of the Archives, New York : University Press 1994 ; Edwin Bacon, « L’im­por­tance du tra­vail forcé dans l’Union soviétique de Staline », Re­vue d’études com­para­tives Est-Ouest, no 2-3, 1992, p. 229-249.

[23] Kotek/Rigoulot, op cit., p. 518-590.

[24] Ibid, p. 615-697. Cf. Christina Fink, Living Silence : Burma Under Military Rule, Lon­don : ZEB Books 2001.

[25] Cf. Jens Thiel, „Menschenbassin Belgien“. Anwerbung, Deportation und Zwangsarbeit im Ersten Weltkrieg, Essen : Klartext 2007 ; Christian Westerhoff, Zwangsarbeit im Ersten Weltkrieg. Deutsche Arbeitskräftepolitik im besetzten Polen und Litauen 1914–1918, Paderborn : Schöningh 2012.

[26] Cf. Max Lazard, Le Service obligatoire du travail en Bulgarie, Genève : Kun­dig 1924.

[27] Cf. W. Benz/B. Distel (dir.) : Der Ort des Terrors. Ge­schichte der national­sozialistischen Konzentrationslager, 9 tomes, Munich : Beck 2005-2009 ; Gabriele LoftiKZ der Gestapo. Ar­beits­erzieh­ungslager im Dritten Reich, Stuttgart : DVA 2000 ; Yves Du­rand, Les prisonniers de guerre dans les sta­lags, les oflags et les komman­dos 1939-1945, Pa­ris : Hachette 1994 ; Ulrich Herbert, Hitler's Foreign Workers : En­­forced Foreign La­bor in Germany Under the Third Reich, New York : Cambridge Uni­versity Press 1997 ; Mark Spoerer, Zwangsarbeit unterm Hakenkreuz, Stuttgart : DVA 2001.

[28] Cf. Javier Rodrigo, « Internamiento y trabajo forzoso : los campos de concentra­ción de franco », Hispania Nova, Revista de historia con­tempo­ránea, vol. 6, Separata, 2006 ; Denis Peschanski, La France des camps, Pa­ris : Gallimard 2002 ; Helga Bories-Sawala, Dans la gueule du loup. Les fran­­çais requis du travail en Allemagne, Villeneuve d’Ascq : Presse universitaire du Septentrion 2010 ; Randolph BrahamThe Hungarian Labor Ser­vice System : 1939-1945, New York : East European Monographs 1977 ; Radu IoanidLa Roumanie et la Shoah, Pa­ris : MSH 2002 ; Frederick Chary, The Bul­garian Jews and the Fi­nal Solution 1940-1944, Pittsburgh : Univer­sity Press 2009 ; Marco Aurelio Rivelli, Le Génocide occulté: Etat indépendant de Croatie, 1941-1945, Lausanne : L’Age d’Hom­me 1998 ; Sanela Hod­zic / Christian Schoelzel, Zwangs­­­arbeit im Unabhängigen Staat Kro­atien, Münster : LIT 2012 ; Peter Gaida, Camps de travail sous Vichy, Bordeaux : Lulu Press 2014.

[29] Recherche International e. V. (dir.) Unsere Opfer zählen nicht. Die Dritte Welt im Zweiten Weltkrieg, Berlin: Assoziation a 2005, p. 280.

[30] Cf. Paul H. Kratoska, (dir.), Asian labour in the Wartime Japanese Em­pire. Un­known Histories, New York : Sharpe 2005 ; Yoshiaki YoshimiCom­­­fort women: sexual slavery in the Japanese military during world war II, New York : Columbia University Press 2002.

[31] Joseph Ki-Zerbo, Die Geschichte Schwarzafrikas, Frankfurt a. M. : Ham­mer 1981, p. 522 (Histoire de l’Afrique noire, Paris : Hatier 1972)

[32] Bureau International du Travail (BIT), Travail forcé : rapport et projet de questionnaire, 12e session, troisième question à l’ordre du jour, Genève 1929.

[33] Raymond L. Buell, The Native Problem in Africa, New York : Mac­millan 1928, 2 tomes.

[34] BIT, Travail forcé : rapport et projet de questionnaire, p. 22.

[35] BIT, Travail forcé, op. cit., p. 151.

[36] Ibid, p. 131.

[37] Ibid, p. 136-151. Folliet, op. cit., p. 15. Cf. Edward Ross, Report on Employment of Na­tive La­bour in Portuguese Africa, New York : Abbott Press 1925 ; Timothy Coates, Convict Labour in the Portuguese Empire 1740-1932, Leiden : Brill 2013 ; James DuffyA question of Sla­very. La­bour policies in Portuguese Africa and the British protest, Harvard : University Press 1967 ; Eric Allina, Slavery by Any Other Name: African Life under Company Rule in Colonial Mozambique, Univer­sity of Virginia Press 2012 ; William Cadbury, Labour in Portu­guese West Africa, New York : Negro Press 1969 ; Jeremy Ball, « I escaped in a coffin. Remerbering Angolan Forced La­bour from the 1940s », Cadernos de Estudos Africanos, no 9/10, 2006, p. 2-12.

[38] Ki-Zerbo, op. cit., p. 499.

[39] J. S. Furnivall, Netherlands India: A Study of Plural Economy, Cambridge : Cambridge University Press 2010, p. 181-182 ; Kloosterboer, op. cit., p. 41-56 ; BIT, Travail forcé : rapport et projet de questionnaire, p. 112-128 ; Hendrik Wesseling, « Le modèle colonial hollandais dans la théorie co­­­­lon­iale française, 1880-1914 », Revue fran­çaise d'histoire d'outre-mer, tome 63, n°231, 1976, p. 223-255.

[40] BIT, Travail forcé, op. cit., p. 128.

[41] BIT, Travail forcé, op. cit., p. 41, 51.

[42] Kwabena Akurang-Parry, « Colonial Forced Labor Policies for Road-Building in Southern Ghana and International Anti-Forced Labor Pressures, 1900-1940 », African Economic History, no 28, 2000, p. 1-25. Cf. Opolot Okia, Communal Labor in Colonial Kenya : The Legi-timization of Coercion, 1912-1930, London : Macmillan 2012 ; A. Nuzula, Forced Labour in Colonial Africa, London: Zed Books 1982 ; Charles Van Onselen, Chibaro. African Mine Labour in Southern Rho­desia, London : Pluto Press 1976.

[43] BIT, Travail forcé, op. cit., p. 33-98, Buell, op. cit., tome 2, p. 1-999 ;  Kloosterboer, op. cit, p. 17-31.

[44] UNESCO (dir.), Histoire générale de l’Afrique. VIII. Afrique depuis 1935, Paris : UNESCO 1998, tome 8, p.  316.

[45] Kenneth P. Vickery, « The Second World War Revival of Forced Labour in the Rhodesias », The International Journal of African Historical Stud­ies, vol. 22, no 3, 1989, p. 423-437

[46] Rheinisches JournalistInnenbüro, (dir.) Unsere Opfer zählen nicht. Die dritte Welt im Zweiten Weltkrieg, Berlin: Assoziation a 2005, p. 136-140.

[47] Ibid. p. 71-72; David Killingray, Fighting for Britain: African Soldiers in the Second World War, Rochester : Boydell & Brewe 2012, p. 64.

[48] Frederick Cooper, Décolonisation et travail en Afrique. L’Afrique britannique et française 1935-1960, Paris : Karthala 2004, p. 102.

[49] BIT, Travail forcé, op. cit., p. 25-33 ; Buell, op. cit., p. 495-507 ; Kloosterboer, op. cit., p. 119-140. Cf. Adam Hochschild, Les fantômes du roi Léopold, Paris : Tallandier 2007 ; Jules Marchal, Travail forcé pour le cuivre et pour l’or : L’Histoire du Congo, 1910-1945, Borgloon : Paula Bellings 1999 ; Jules Marchal, Travail forcé pour le rail : L’Histoire du Congo 1910-1945, Borg­loon : Paula Bellings, 2000 ; Jules Marchal, Travail forcé pour l'huile de palme de Lord Leverhulme : L’Histoire du Congo, 1910-1945, Borgloon : Paula Bellings, 2001.

[50] Flora Bertizoli/Silvia Pietrantonio, « A denied reality ? Forced labour in Italian colonies in Northeast Africa », Africana Studia, no 7, 2004, p. 227-246.

[51] Ibid., p. 231.

[52] Cf. Michael Ebner/Geoff Simons, Ordinary Violence in Mussolini's Italy, New York : Cambridge Press 2011 ; Asserate Asfa-Wos­sen /Aram Mattioli (dir.), Der erste faschistische Vernichtungskrieg. Die italienische Aggression gegen Äthiopien 1935–1941, Cologne : SH 2006 ; Costantino Di Sante, Italiani senza onore: I crimini in Jugoslavia e i processi negati (1941–1951), Milano : Ombre Corte 2005 ; Ibid, « Concentration Camps for Native La­bour on the Coast of Cyrenaica », International Labour Review, no 410, 1932, p. 410-416. Un projet de recherche sur les camps italiens durant le fascisme est dispo­nible en ligne : http://www. campifascisti.it.

[53] Peter J. Schroeder, Gesetzgebung und « Arbeiterfrage » in den Kolonien, Münster : LIT 2006, p. 358-379. Cf. Felicitas Becker / Jigal Beez (dir.) Der Maji-Maji-Krieg in Deutsch-Ostafrika 1905-1907, Berlin : Links 2005 ; Martin Schroeder, Prügelstrafe und Züchtigungsrecht in den deutschen Schutzgebieten Schwarzafrikas, Münster : LIT 1997.

[54] Cf. Jürgen Zimmerer/Joachim Zeller (dir.), Völkermord in Deu­tsch-Süd­west­afrika. Der Kolonialkrieg in Namibia (1904-1908) und die Folgen, Berlin : Links 2003.

[55] Jules Ferry, La mise en valeur des colonies françaises, Paris : Payot 1923, p. 94.

[56] BIT, Travail forcé, op. cit., p. 98-99.

[57] Multatuli, Max Havelaar, Paris : Actes Sud 1991 ; Joseph Conrad, Cœur des ténèbres, Paris : Flammarion 2012.

[58] Mission Pierre Savorgnan de Brazza, Le rapport Brazza. Mission d'en­quête du Congo : rapport et documents (1905-1907), Neuvy-en-Cham­­­­­pagne : le passager clandestin 2014, p. 185.

[59] Cité par R. Thomas, « La politique socialiste et le problème colonial de 1905 à 1920 », Revue française d'histoire d'outre-mer, tome 47, n°167,1960, p. 221.

[60] Cité par Martine Balard, « Le combat du père Au­piais, mis­sion­naire et eth­no­graphe du Dahomey pour la reconnaissance africaine », Histoire et missions chrétiennes, no 2, juin 2007, p. 91.

[61] André Gide, Voyage au Congo, Paris : Gallimard 1928, p. 223 ; Albert Londres, Terre d’ébène, Paris : Albin Michel 1929.

[62] Joseph Folliet, Le travail forcé aux colonies, Paris : Cerf 1934, p. 103.

[63] Jules Ninine, La main-d’œuvre indigène dans les colonies africaines, Pa­ris : Jouve 1932 ; René Mercier, Le travail obligatoire dans les colonies afri­caines, Nanterre : Larose 1933 ; Jean Lespinasse, Le travail forcé dans les colonies françaises et la Société des Nations, Bor­deaux : Delmas 1933 ; Jean Bastet, Le travail forcé et l’or­gani­sation internationale, Paris : Bosc 1932 ; Charles Fayet, Esclavage et travail obligatoire, Paris : Chantenay 1931.

[64] Félicien Challaye, Un livre noir du colonialisme, Paris : les nuits rouges 2015, p. 72.

[65] Simone Weil, « A propos de la question coloniale dans ses rapports avec le destin du peuple français », Œuvres, Paris : Gallimard 1999, p. 433.

[66] Jean Suret-Canale, L’Afrique noire. L’ère coloniale 1900-1945, Paris : Edi­tions sociales 1962, p. 323.

[67] Gilles Sautter, « Notes sur la construction du chemin de fer Congo-Océan (1921-1934) », Cahiers d'études africaines, vol. 7, n° 26, 1968, p. 269.

[68] Catherine Coquery-Vidrovitch, Le Congo au temps des grandes compagnies concessionnaires 1898-1930, Paris : EHESS 2001, p. 103.

[69] Hilaire Babassana, Travail forcé, expropriation et formation su salariat en Afrique noire, Grenoble, Presses universitaires, 1978, p. 184.

[70] Léon Kaptue, Travail et main-d’œuvre au Cameroun sous régime français 1916-1952, Paris : L’Harmattan 1986, p. 171.

[71] Babacar Fall, Le travail forcé en Afrique occidentale française 1900-1945, Paris : Karthala 1993.

[72] Pierre Mollion, Sur les pistes de l’Oubangui-Chari au Tchad 1890-1930 : le drame du portage en Afrique centrale, Paris : L’Harmattan 1992 ; Jean Fremigacci, Etat, économie et société coloniale à Madagascar : De la fin du XIXe siècle aux années 1940, Paris : Karthala, 2014, p. 323 ; Pierre Kalck, Histoire centrafricaine, Paris : L’Harma­ttan 1992, p. 228 ; Yves Benot, La modernité de l’esclavage. Essai sur la servitude au cœur du capitalisme, Paris : La Découverte 2003, p. 249.

[73] Chikouna Cissé, Migrations et mise en valeur de la Basse Côte d’Ivoire (1920-1960), Paris : L’Harmattan 2013, p. 248.

[74] André Engambé, Impôt colonial et résistance des populations du Congo, Paris : L’Harmattan 2013, p. 159.

[75] Courier Noël Kakou, Conquêtes coloniales et intégration des peuples : cas des Kabiyè au Togo (1898-1940), Paris : L’Harmattan 2007, p. 177.

[76] René-Pierre Anouma, Aux origines de la nation ivoirienne 1893-1946, Paris : L’Harmattan 2005, 2 volumes.

[77] Semi-Bi Zan, « L’infrastructure routière et ferroviaire coloniale, source de mutations sociales et psychologiques : le cas de la Côte d’Iv­oire, 1900-1940 », Cahiers d'études africaines, vol. 16, n° 61-62, 1976, p. 147-158.

[78] Ruth Ginio, French Colonialism unmasked : The Vichy French in French West Africa, Lincoln : Nebraska Press 2006, p. 81.

[79] Olivier Le Cour Grandmaison, De l’Indigénat. Anatomie d’un « mon­­­stre » juridique : le droit colonial en Algérie et dans l’Empire français, Paris : La Découverte 2010, p. 39.

[80] Marc Michel, Essai sur la colonisation positive, Paris : Perrin 2009, p. 297.

[81] BIT, Travail forcé, 14e session, 1er question à l’ordre du jour, Genève : BIT 1930, p. 136-139.

[82] Grande Encyclopédie Larousse, Paris : Larousse 1971-1976, p. 11698 (disponible sur www.larousse.fr). Le droit civil français prévoit également les réquisitions du personnel des services publics durant des grèves ainsi que la réquisition des locaux vacants pour un logement d’office.

[83] Loi du 3 juillet 1877 relative aux réquisitions militaires (disponible sur www.le­gi­france.gouv.fr).

[84] Dareste, op. cit., p. 614.

[85] Décret du 28 novembre 1938 portant règlement d’administration publique pour l’application de la loi du 11 juillet 1938 sur l’organi­sation de la nation pour le temps de guerre.

[86] Antoine Ségalat, L’impôt des prestations. Son origine, sa législation, sa réforme, Toulouse : Imp. coopérative toulousaine 1906, p. 1-7. Voir aussi Georges Roy, Corvée, prestation, taxe vicinale, Etude historique, économique et critique sur l’impôt des prestations, Thèse, université de Nantes 1909.

[87] Ibid., p. 169, édicte du 12 mars 1776 sur les corvées.

[88] Ibid., p. 169, loi du 28 juillet 1824 sur les chemins vicinaux.

[89] Schroeder, op. cit., p. 371.

[90] Dareste, op. cit., p. 585.

[91] Pierre Dareste, Traité de droit colonial, Paris : Imprimerie du recueil de législation, de doctrine et de jurisprudence coloniales 1931, tome 1, p. 1. (http://issuu.com/scduag/docs/fra11213.2/58)

 

 

 

   

© Peter Gaida 2015