Peter Gaida

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Revue de Presse :

La collaboration en France pendant l’occupation (1940-1944)

 

La collaboration juridique : Les avocats français face au statut des Juifs

Richard Weisberg, auteur d’un ouvrage récent sur le droit antisémite de Vichy, [1][1] s’est préoccupé dans les Archives Juives du comportement des avocats français face au statut des Juifs. [2][2] Contrairement aux magistrats, prêtant personnellement serment au Maréchal Pétain, les avocats ont pu garder leur indépendance face aux autorités vichyssoises. Soucieux de leur indépendance, le bâtonnier Jacques Charpentier, président du conseil de l’ordre du barreau de Paris et principale source de l’article, s’opposait énergiquement contre le serment au Maréchal et la diffusion de ses messages officiels. Dans une lettre au garde de seaux de Vichy, il soulignait que pour l’avocat, «l’essentiel de ses principes est l’indépendance…l’avocat se saurait être privé (…) de son droit critique ni à l’égard des hommes ni à l’égard des institutions (…). [3][3]

En revanche, en ce qui concernait l’exécution des lois raciales de Vichy, le barreau ne protestait guère contre la radiation des avocats juifs non français. Les lois raciales déchiraient la nationalité française des personnes naturalisées après le 20 août 1927 ou ayant quitté le territoire métropolitain entre le 10 mai et le 30 juin 1940, considérées comme des « fuyards ». Le barreau était tenu d’exécuter ces lois, et par conséquent, d’exclure certains de leurs membres. Ces exigences vichyssoises allaient à l’encontre de la mentalité xénophobe du barreau de Paris. Le bâtonnier Charpentier même avoue dans ses mémoires que pour le barreau, «ayant été envahis par des naturalisés de fraîche date (…) qui apportaient dans la conduite des litiges des procédés de leur bazar, (…) la politique de Vichy se rencontrait avec nos intérêts professionnels ». [4][4] Ainsi, l’ordre des avocats procédait avec zèle à l’exclusion des avocats réputés non français.

Afin de pouvoir exclure les avocats non désirés, un minutieux tri fut mis en place. Pour un stage au barreau, l’ordre exigeait désormais une preuve de qualité « française de souche ». Le leitmotiv fut bel et bien un antisémitisme cherchant à radier - selon Charpentier -  les avocats aux «mœurs étrangères et (avec) une conception de la justice très différente de la notre ». [5][5]  En 1941, une loi réglementant le nombre de Juifs dans les professions libérales fut mis en place par le régime de Vichy. Pour les avocats, un numerus clausus fixait le nombre de juifs à 2 % de l’effectif. Selon Charpentier, le barreau espérait pouvoir ainsi sauver «la plupart de ceux de nos confrères qui avaient conquis notre estime ». [6][6]

Par conséquent, en janvier 1942, quarante avocats juifs sans estime du barreau se retrouvaient internés à Drancy. Tous les barreaux en France et dans ses colonies procédaient de la même façon. Au Maroc, l’application du numerus clausus entraînait la radiation de 33 avocats sur un effectif de 38. En dépit des efforts de quelques avocats cherchant jusqu’à la libération à trouver des certificats de non - appartenance à la race juive de leurs confrères internés, les barreaux se sont accommodés de la question juive, incorporant volontairement les nouvelles lois raciales dans leur pratique juridique quotidienne.

 

La collaboration policière : la police en Bouches-du-Rhône et les déportations des Juifs

Simon Kitson, enseignant à l’université de Paris-XII, nous éclaire dans la revue Modern & Contemporary France sur le comportement de la police en Bouches-du-Rhône pendant les déportations de Juifs en France.[7][7]

Paradoxalement, ce ne sont pas les autorités allemandes qui - dans un premier temps préoccupé par la déportation des Juifs en zone occupée - exigent la déportation des Juifs de la zone libre, mais le chef de la police de Vichy, René Bousquet. Dans un entretien avec les autorités allemandes, Bousquet évoque la question de l’expédition des Juifs internés dans la zone libre depuis 1940. En particulier, Bousquet espérait ainsi épargner les Juifs français en échange de Juifs étrangers.[8][8] Afin d’assurer le «tri de Juifs par nationalité », Bousquet exigeait d’effectuer les opérations par la police française. Faute de moyens suffisants, - la police allemande disposait de quelque 3000 hommes en France -, la participation de la police française demeurait indispensable pour les autorités allemandes.

Kitson distingue trois phases des déportations des Juifs des Bouches-du-Rhône : la première consistait à rassembler les Juifs dans le «camp des Milles », ancienne usine entre Aix et Marseille, depuis 1940 camps d’internement. En mai 1942, 1331 Juifs étrangers y étaient internés ; en août, le nombre atteignait 1500 personnes dont 260 partaient pour Drancy.  

La deuxième phase consistait l’internement de groupement des travailleurs étrangers (GTE), en tous 144 personnes. Les deux phases ont été entièrement réalisées par les forces françaises, notamment par le Groupe Mobile de Réserve (GMR) et la Gendarmerie. Le GMR assurait le la garde du camp, pendant que la Gendarmerie et la police effectuaient les arrestations de personnes et l’accompagnement des trains. Le choix de personnes à déporter à été effectué par les officiers de la police française en collaboration avec les autorités du camp.

En revanche, la troisième phase révèle un rôle actif de la police française. A partir des listes, établis par les officiers de la police aux questions juives en août 1942, les policiers effectuaient des contrôles des passants ou des chasses dans les couvents et les écoles soupçonnées d’héberger des Juifs. Une fois localisées, les personnes en question disposaient d’une heure pour se préparer avant d’être amenées au commissariat d’où ils étaient transférés au camp des Milles.

La tache, minutieusement préparée, n’a pas été accomplie à la satisfaction du préfet de police. Sur les 1170 Juifs à arrêter en région marseillaise, seul 706 ont été retenus. Les raisons de l’inefficacité des agents sont multiples : outre qu’un recensement de Juifs trop élevé, les départs clandestins, l’avertissement de Juifs par la radio britannique ou encore la résistance de la police jouaient un rôle important. Kitson rapporte de nombreux actes de résistance, notamment de la part d’un commissaire de Marseille, impliqué dans la fabrication de fausses cartes d’identités. Ou encore des agents, choqués par les ordres à accomplir et permettant aux Juifs, dans un acte de sympathie, la fuite devant leur arrestation.

Autres témoignages parlent d’agents effondrés, en larmes devant la masse des Juifs enfermés dans les trains ou, désespérés devant une arrestation à effectuer, cherchant de l’aide auprès de l’église. [9][9] Afin d’échapper à l’exécution des mesures antisémites, un grand nombre d’agents demandaient leurs mutations dans d’autres services.

Cependant, des actes de résistance demeurent des cas personnels limités aux agents en bas de l’échelle hiérarchique. Le préfet, face à des résultats jugés insuffisants, demandait une mobilisation plus intense de la police. Destiné à susciter d’avantage le zèle du personnel, une circulaire interne soulignait la responsabilité de Juifs dans le marché noir et la propagande antigouvernementale enfin d’encourager les agents. Un intendant de la police expliquait aux agents que les mesures entreprises contre les Juifs représentaient l’intérêt de la France. Afin d’assurer l’accomplissement de la tache, Bosquet demandait les intendants de superviser en personne les arrestations et de sanctionner toutes obstructions par autrui, engendrant également l’internement.

En réponse à une telle mise au point des objectifs, les réticences tombaient au profit d’un durcissement d’attitude. A partir de septembre 1942, même des Juifs malades et non-transportables partaient à Drancy. De plus, Kitson rassemble de nombreux témoignages de brutalités envers les internés, des vols de biens juifs ou encore des cas de proxénétisme dans un bar proche du camp. [10][10] Ainsi, on retrouve une police divisée entre collaboration et résistance, face à une direction collaborationniste déterminée de prouver sa capacité en matière de la « question juive ».

 

La collaboration militaire : la Légion des Volontaires Français  (1941-44)

Dans la Revue de l’Histoire des Armées, Antoine Plait retrace l’évolution de la collaboration militaire de la France avec l’Allemagne nazie. [11][11] Après l’invasion de l’URSS par l’Allemagne en 1941, des politiques d’extrême-droite en France décident de mettre en place une structure militaire pour participer à ce qu’ils appellent « la croisade contre le bolchevisme ». Ainsi, en juillet 1941, fut créée la Légion des Volontaires Français (L.V.F). Après l’autorisation par le Maréchal Pétain et par l’ambassadeur allemand Otto Abetz, un communiqué précise ses objectifs : « Les mouvements français ont décidé (…) de représenter la France sur le front russe et d’y prendre part en son nom au combat pour la défense de la civilisation européenne ». [12][12]

Les autorités allemandes donnent leur feu vert mais limite l’effectif à 100.000 hommes. La création d’un comité d’action, composé de chefs de partis d’extrême-droite et d’un comité d’honneur rassemblant des personnalités religieuses, scientifiques et artistiques, accompag-nant l’engagement militaire de la France. Le recrutement prévoit la mobilisation des hommes âgés entre 18 et 45 ans, à condition d’être « nés de parents aryens » et en bonne santé. En réponse à une campagne de presse importante, seul 800 sur 1600 hommes qui se sont présentés, sont retenus comme volontaires et regroupés à Versailles.

En septembre 1941, ils partent pour la Pologne, et deviennent le 638e régiment de l’infanterie de l’armée de terre allemande. Les volontaires de la L.V.F. portent l’uniforme allemand et prêtent serment au chef des armées allemandes, Adolf Hitler. Fin octobre, le régiment part pour le front aux alentours de Moscou.

Son épreuve face à l’armée russe demeure son seul épisode au front. Après une débâcle militaire à Djukovo, ses bataillons sont dispersés et intégrés à des divisions de sécurité ou ils participent à la chasse aux partisans russes, activité jugée secondaire par la Wehrmacht. La L.V.F., devenue une unité régulière de l’armée allemande, est jugée «incapable de combattre sur le front russe » [13][13]. Le rapport d’un officier évoque l’incapacité des officiers, le manque de morale et la volonté de «vivre paresseusement, bien fournis en femmes et en vodka » [14][14]. Finalement, en juillet 1944, le 638e régiment est intégré à la Waffen-SS et devient le bataillon « Charlemagne ».  

Cependant, le régime de Vichy reconnaît l’utilité publique de la L.V.F., et une nouvelle campagne de recrutement est lancée. Mais les autorités allemandes, averties par l’échec du 638e régiment, refusent près de la moitié des volontaires. Pour récupérer les refusés, les partis politiques d’extrême-droite créaient une association des Amis de la Légion afin d’établir un instrument politique mobilisable pour une éventuelle «marche à Vichy ». En 1942, Vichy abondonne toutes réticences et tente de récupérer la Légion. Une nouvelle formation, la « Légion tricolore », est crée et aussi tôt interdite par les autorités allemandes craignant la renaissance d’une armée française. Apres l’interdiction de la Légion tricolore, la L.V.F. passe sous contrôle des allemands.

Les raisons de l’engagement des volontaires dans la L.V.F. sont surtout économiques. Outre que le droit aux pensions et la garantie de retrouver son emploi ou d’être favorisé pour l’embauche après la guerre, la L.V.F. accorde des soldes nettement supérieures aux salaires dans le civil, notamment pour les officiers. Un soldat recevait une solde de 600 FF ainsi que des indemnités de 1200 FF ; un colonel encaissait 3000 FF et 12400 FF d’indemnité. Comparé du salaire d’un dactylographe qui ne dépassait pas le 2000 FF par mois, la Légion représentait un fort intérêt économique, surtout pour les officiers. [15][15] Ainsi s’explique l’âge élevé des recrutés. La plupart des combattants avaient dépassé les 55 ans, ayant souvent participés à la première guerre mondiale.

La tentative de combattre aux cotés des Allemands et de créer une troupe paramilitaire pour toute éventualité en France demeure un échec. La société française reste réservée à l’égard des combattants cote à cote avec les « boches ». La Légion à vocation anti-bolchevique ne fait recette auprès des Français.  Jusqu’en 1943, seul 91 officiers, 390 sous-officiers et 2825 soldats partent pour le front russe. Pour l’ensemble de la période, on estime l’effectif de la Légion à  20.000 hommes. De plus, des incidents des volontaires en vacances avec la police nuisent à l’image de la L.V.F., leur comportement en « milice fasciste » contrôlant des passants et extorquant de l’argent aux commerçants lui font perdre sa crédibilité. Seule une minorité, notamment les épouses des combattants et les commerçants de Paris, semble avoir soutenu la L.V.F. moralement et financièrement.

Inefficace sur le plan militaire et doté d’un recrutement douteux, la Légion demeure un instrument politique et de propagande, créée par les partis collaborationnistes. En regroupant des « mercenaires et des marginaux » (Jean-Pierre Azéma) dans ses rangs, sa création avait des fins politiques. Pour Owen Davey, auteur d’une étude sur le L.V.F., la Légion s’inscrit dans les animosités de l’extrême-droite française d’avant-guerre et constituait une éventuelle armée de partisans, prête à rentrer en France après une victoire définitive de l’Allemagne nazie et à effectuer « la tache de nettoyage ». [16][16]

 

La collaboration économique : les banques et l’industrie française

Annie Lacroix-Liz, historienne à l’université de Toulouse, a abordé le sujet de l’économie française pendant l’occupation, déjà traité par Pierre Arnoult dans les années 50 et par Alain Milward dans les années 70.[17][17] Son article, très fouillé et commandé par la revue Etudes et Documents a fait l’objet d’une censure et n’a pu apparaître que dans la revue Le monde juif qui dénonce dans son éditorial une telle attitude l’état. [18][18]

L'article véhicule sur 100 pages des doutes concernant le degré de la collaboration éco-nomique de la France, avec des leaders économiques cherchant une étroite collaboration dès la défaite afin de préserver les marchés dans le «nouvel ordre européen ». D'autant plus, la hâte des industriels de collaborer réduisait le régime de Vichy à un cinquième roue du carrosse approuvant la plupart des contrats conclus entre industriels allemands et français. En fin compte, l’auteur constate trois mobiles de la collaboration : la préservation des marchés, la passation des titres et la création des »sociétés mixtes ».

Dès juillet 1940, des nombreuses visites et contrats entre industriels et banquiers de part et de l’autre du Rhin ont eu lieu aboutissant à des livraisons importantes sans scrupules du coté français répondre à des commandes destinées pour la guerre. Notamment l’industrie d’aluminium et de l’aéronautique se précipitent des 1940 à signer des contrats approuvés à posteriori par le gouvernement de Vichy sans pour autant pouvoir demander des «contre-parties allemandes». Ainsi l’Aluminium Français livrait pour une valeur de 600 millions de Franc aux Allemands.

Par la suite, d’autres branches industrielles suivent et adoptent ce processus de négociation directe avec l’occupant : les minerais, les ferreux, la pâte à papier et biens d’autres. Quant aux industriels allemands, on procède rapidement à la négociation directe avec les industriels français pour lesquels les marchés allemands représentaient le seul débouché immédiat. [19][19]

La deuxième étape est marquée par la passation massive de titres étrangers aux banques allemandes. La hâte mis à jour par les industriels dans un objectif de court terme a été dépassé par les banques à la recherche d’un profit rapide. A la première vue, les banques soubirent une pression allemande pour la cession des titres mais ces transactions demeurent seulement le prolongement déjà engagé avant la guerre. Ensuite, en vue d’une Europe condamnée à vivre à l’heure allemande, un vrai marché avec de rudes négociations fut engagé. Outre que la société des mines de Bor et la société pétrolière roumaine furent vendues à des prix considérables et même avantageux !

Quant à Vichy, le gouvernement se déclarait d’accord avec toutes les ventes et créait un service spécial afin de mieux pouvoir étudier les propositions allemandes. Mais le négoce se déroula avant que Vichy ait pu exprimer son consentement. Ainsi, outre les sociétés de Bor et du pétrole, la banque commerciale roumaine, La banque générale de crédit hongrois, la banque internationale de Luxembourg ont changé le propriétaire pendant la guerre.

Finalement, la dernière étape est marquée par la création des « sociétés mixtes » franco-allemandes. Le modèle d’une société mixte fut le conglomérat « Francolor ». Sans pression de Berlin ou Vichy, l’industrie chimique française se rangeait derrière le Führer de l’industrie des colorants allemands, l’IG Farben. Dès l’été 1940 les entreprises Kuhlmann font des avances spectaculaires à l’IG Farben portant sur le pourcentage du capital français dans la société franco-allemande. Les quatre plus grandes sociétés françaises participaient à Francolor avec une enveloppe de 125 000 Reichsmark : Villiers, Oissel, Saint-Denis et Saint-Clair, regroupant 90 % de la production des colorants en France. En revanche l’IG Farben s’engageait à ne pas concurrencer Francolor en France et dans l’empire français.

De la même façon, Rhone-Poulenc rentrait en contact avec le géant allemand Bayer, Agfa rentrait en contact avec Kodak-France et l’entreprise Ugine s’associait avec la société allemande Degesch, « société pour la lutte contres les parasites », produisant le gaz Zyklon B pour les camps d’extermination. Notons en passant que la filiale d’Ugine, la Durferrit-Sofumi, dotée de techniciens allemands, a pu augmenter son capital de 50 % jusqu'à octobre 1943, fait suscitant pour l’auteur la question si autant de moyens semblaient nécessaire uniquement pour l’agriculture française. [20][20]

En tout, on distingue nettement le caractère volontaire des élites économiques à vouloir préserver ses biens, de profiter de la situation, et même de s’associer avec le vainqueur. Annie Lacroix-Riz aborde ainsi un sujet qui surgit à peine. En dégageant les mobiles de l’industrie française dès la signature de l’armistice, elle oppose l’image d’une France en résistance à une élite collaboratrice impliquée dans la machine de guerre allemande au point de fournir parfois 90 % de sa production directement à la Wehrmacht.[21][21]

 

Conclusion : « un passé qui ne passe pas »

D’une manière générale, dans aucun autre pays la collaboration a si bien fonctionné comme en France. La France représentait « un bijou » pour les occupants parmi les pays conquis par l’Allemagne nazie. Mais les historiens français focalisaient longtemps leurs recherches sur le régime de Vichy. Ainsi s’expliquent les lacunes en ce qui concerne une analyse exhaustive de la collaboration française pendant l’occupation, peut-être à l’exception de l’œuvre de Henri Amouroux.[22][22]

Néanmoins, le degré de la collaboration juridique et administrative est bien connu depuis les travaux de Michael Marrus, Robert O. Paxton et Serge Klarsfeld aboutissant dans les procès contre René Bousqet et Maurice Papon pour crime contre l’humanité en France. [23][23]

Les travaux présentés ici sur les avocats et la police en Bouches-du-Rhône ajoutent à ce sujet bien connu des témoignages personnels. Le travail de Kitson relativise l’attitude de la police vis-à-vis les Juifs, et le travail de Weisberg dévoile les sentiments antisémites des avocats impliqués dans la déportation de Juifs, dans l’internement de 70 000 « ennemis d’état » et la condamnation de 135 000 Français pendant 1940 et 1944. [24][24] Quant à la collaboration militaire, elle demeure un épisode oublié par les contemporains ne faisant guère l’objet des études historiques.

Par contre, la collaboration économique, notamment en France occupée, n’a fait l’objet d’études que sur l’échelle locale et régionale, surtout publiée dans la Revue de la deuxième guerre mondiale. [25][25] Comme le souligne G. Hirschfeld dans son introduction, il manque toujours une analyse nationale de l’économie française pendant l’occupation. [26][26] Dans ce sens, le travail de Annie Lacroix-Riz fait avancé l’analyse de la France occupée et brise - semble-t-il - un tabou lequel même l’état francais ne souhaite guère toucher, le démontrant avec la censure de son article commandé par la revue de l’état Etudes et Documents.

Au-delà de toute polémique sur une éventuelle production française du zyklon B évoqué par l’auteur et reprise par la revue Histoire en 1997 dans son numéro 210, une analyse globale de la collaboration économique reste à réaliser, d’autant plus que l´économie de guerre allemande semble avoir contribuée en grande partie - selon Hirschfeld - a une modernisation de l’économie française après la guerre. L’analyse économique de la période 1940-1944 demeure donc indispensable pour la compréhension de l’histoire de la France d’après-guerre. Les années noires, semble-t-il, sont loin d’être passer.

 

 

 

 

 


 

[1] [1]   Richard Weisberg (1996) : Le droit antisémite de Vichy. Le genre humain, Paris

[2] [2]   Richard Weisberg (1997) : Les avocats juifs face au statut des Juifs de Vichy. In : Archives Juives. Revue d’histoire des Juifs de France,

    No. 30/1 1997, p. 85-95

[3] [3]   idem, p. 85

[4] [4]   Jacques Charpentier (1949) : Au service de la liberté, Fayard, Paris, p. 127

[5] [5]   idem, p. 98

[6] [6]   idem, p. 100

[7] [7]  Simon Kitson (1997) : The police and the deportation of Jews  from the Bouches-du-Rhône in August and  September 1942 . In : Modern   

    & Contemporary France No. 5, p. 309-317

[8] [8]  idem, p. 309

[9] [9]  idem, p. 312

[10] [10]   S. Kitson (voir note 3), p. 314

[11] [11]   Antoine Plait (1997) : La L.V.F. (1941-1944) : collaboration vouée à l’échec. Dans : Revue de l’Histoire des Armées, No 207 juin 1997,  

      p. 47-56

[12] [12]   Le cri du Peuple 8 juillet 1941

[13] [13]   Cité d’après Antoine Plait, p. 54

[14] [14]   idem, p. 54

[15] [15]   idem, voir tableau des soldes, p. 52

[16] [16]   Owen Davey (1969) : La Légion des Volontaires Français contre le bolchevisme. A study in the Aspects of  French Collaboration 1941-

     1942.  University of New Brunswick

[17] [17]   Pierre Arnoult (1951) : Les finances de la France et l’Occupation allemande. Alan S. Milward (1970) : The New Order and the French   

     Economy. Wolfgang Schumann und Ludwig Nestler (1990) : Europa unterm Hakenkreuz : Die faschistische Okkupationspolitk in Frank-

     reich (1940-1944).

[18] [18]  Annie Lacroix-Riz (1997) : Les élites françaises et la collaboration économique. Dans : Le Monde juif,  No. 159, p.  8 - 123

[19] [19]  idem, p. 25

[20] [20]   idem, p. 88

[21] [21]   Wolfgang Schumann/Ludwig Nestler (1990): Europa unterm Hakenkreuz : Frankreich.   P. 337

[22] [22]   H. Amouroux (1978) : La grande histoire des Français pendant l’occupation.

[23] [23]   M. Marrus/R.O. Paxton (1981) : Vichy et les Juifs. S. Klarsfeld (1990) : Vichy-Auschwitz.

[24] [24]   Chiffres cités d’après Gerhard Hirschfeld/ Patrick Mash (1991) : Kollaboration in Frankreich . p. 22

[25] [25]   voir No.79 (1970) ,95 (1975),102 (1976), 107 (1977), 120 (1980), 141 (1986)

[26] [26]   Hirschfeld/Mash : p.10