Peter Gaida

 

Mémoire de fin d´études : Travailleurs forcés pour Hitler et Pétain. Le mur de l´Atlantique en Aquitaine 1940-1944

 

Introduction

1. La France dans l´Europe d´Hitler

2. La France occupée 1940-1944

3. La collaboration de l´économie française

4. La « forteresse Europe »

5. L´Organisation Todt (OT)

6. Aquitaine sous l’occupation allemande 

7. Bordeaux, ville stratégique du IIIe Reich 

8. La base sous-marine de Bordeaux

9. Les « Espagnols rouges » de l´OT

10. La forteresse "Gironde-Sud"

Bilan

 

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Les "Espagnols rouges" de l´OT

 

Après la victoire de Franco dans la guerre civile, l´Espagne connaît un exode des milliers de républicains et des « brigades internationales » vers la France. Les deux ans suivants, plus d´un demi million d´hommes, femmes et enfants fuient devant le régime de Franco l´autre coté des Pyrénées.[1]

Afin d´héberger les réfugiés, le gouvernement français crée dès le printemps 1939 des nombreux « camps d´accueil », entre autres à Vernet, Rivesaltes, Septfonds et Gurs.[2] Dans cette centaine de camps, les conditions restent précaires, dépendant des autorités locales: les réfugiés souffrent de maladies et de sous-alimentation, les lazarets sont surpeuplés, dans le camp de Catus, ils se nourrissent même de l´herbe.[3]

Avec l´occupation et la prise du pouvoir de Pétain, les réfugiés deviennent la victime d´une persécution, déportation et exploitation systématique par le régime de Vichy. En février 1941, Pétain rencontre le dictateur espagnol à Montpellier et échange une liste avec 800 personnalités espagnoles à arrêter. Par la suite, l´occupant et la police vichyssoise procèdent à des nombreuses arrestations, et le Président de la République de Catalogne est livré à Franco et exécuté en Espagne.[4]

Cependant, la majorité des réfugiés espagnols demeure en France et serve comme main d´œuvre au régime afin de substituer les hommes français, prisonniers de guerre dans le Reich. Vichy modifie les camps d´accueil en un complexe système d´internement pour toute sorte d´ennemi du régime, comme des étrangers, communistes, francs-maçons, Juifs, et Gitanes.[5] Les gens venus en France en fuite devant Hitler deviennent maintenant la victime de la politique antisémite et xénophobe de régime de Vichy.

Pour leur emploi dans l´économie, Vichy constitue en septembre 1940 des « groups de travailleurs étrangers », les GTE. Environ trois cents groups avec des Espagnols, Juifs et Polonais sont mis à la disposition de l´économie française. Le ministère de l´Intérieure se charge de l´organisation et l´armée française garde les camps. Environ 70.000 Espagnols travaillent pendant quatre ans dans la zone non occupée dans l´agriculture, des mines et dans l´industrie pour le régime de Vichy.[6]

A partir de 1941, Vichy met les GTE à la disposition de l´occupant. L´emploi des Espagnols pour la construction des bases sous-marines sur la façade atlantique est une initiative française : avec les réquisitions de la main d´œuvre française par l´occupant, Vichy propose les étrangers en espèrent d´épargner ses citoyens. Les Espagnols arrivent ainsi sur les chantiers de l´organisation Todt et doivent construire les blockhaus à Cherbourg, Lorient, La Rochelle, St. Nazaire et à Bordeaux.[7]

L´organisation Todt sépare les Espagnols selon leur attitude politique en deux groups: les sympathisants du régime de Franco sont employés dans le transport reçévant un salaire et un bon traitement. Souvent, ils viennent volontairement à l´OT afin de fuir les camps. Quant aux républicains, anarchistes et communistes, les si nommés « Espagnols rouges », ils sont qualifiés travailleurs forcés et exploités gratuitement par l´OT.[8]

En janvier 1943, Hitler se prononce en faveur du l´emploi des Espagnols dans l´OT, et il demande un bon traitement des Espagnols. Face à leur attitude politique contre le fascisme, il ajoute qu´un « bon traitement idéologique ne peut faire du mal. »[9] Un « bon traitement idéologique » se traduit pour les troupes chargées de surveiller les Espagnols par une brutalité au quotidien : dans les Landes, un group d´Espagnols subit chaque matin une exécution fictive, ensuite, l´officier allemand avertit que chaque fuite sera punie par dix véritables exécutions.[10]

De plus, OT crée ses propres camps de travailleurs, nombreux en Aquitaine. Près de la base sous-marine à Bordeaux, elle établit le camps « OT-Lindemann », ensuite, on établit trois autres dans les banlieues (Bouscat, Blanquefort et Floirac).[11] Afin d’héberger les 3.000 ouvriers venus pour la fortification de l´estuaire de la Gironde, on crée quatre camps près de Soulac. [12]

Début 1944, la station balnéaire de Soulac accueille aussi un camp pour réfractaire du STO. Une centaine d´hommes est envoyés dans le nouveau camp où ils dorment dans des baraquements en bois sur la terre battu, après une journée de travail de 12 heures. Le camps est surnommé « le paradis ».[13]

Les travailleurs du camp « le paradis » viennent tous d´un camp d´internement français à Mérignac près de Bordeaux. Les prisonniers de ce camp sert à l´occupant également comme otages. Suite à un ordre d´Hitler, la Wehrmacht applique le si nommé « code d´otage », prévoyant une exécution de cent personnes pour un Allemand tué dans un attentat. Quand en octobre 1941 un officier allemand est tué à Bordeaux, la Wehrmacht choisit cent prisonniers du camp français à Mérignac, et le 24 octobre, la moitié d´eux est exécutée dans le camp allemand près de Souge.

Le camp à Souge sert ensuite jusqu´en août 1944 pour trente autres exécutions de masse : le 28 juillet 1942, on exécute 70, le 11 janvier 1944,  20 personnes. Les victimes sont des communistes, des Polonais, des Juifs et probablement des Espagnols. Au total,  l´armée allemande exécute à Souge 330 personnes, dans la région de Bordeaux, 806 personnes trouvent la mort par le « code d´otage » d´Hitler.[14]

Pendant un certain temps, le camp à Souge héberge selon un témoignage également des « Espagnols rouges », employés pour la construction de la base sous-marine à Bordeaux. Le camp est hautement surveillé par des commandos de l´OT, le transport vers le chantier est effectué par train. L´alimentation est sommaire, et les gardes manifestent une brutalité exemplaire : chaque matin, ils réveillent les prisonniers par des frappes sur les ventres. Dans les deux ans de leur séjour à Souge, 68 d´entre eux trouvent la mort dans des conditions jamais éclairées.[15]


[1] Voir G. Dreyfus-Armand / E. Temimé: Les camps sur la plage: un exil espagnol. Paris 1995, p. 134

[2] Sur les camps, voir M.-L. Cohen/E. Malo: Les Camps du Sud-Ouest de la France. 1939-1944. Toulouse 1994

[3] Voir L. Stein: Par-delà l'exil et la mort: Les républicains espagnols en France. Ligugé 1981, p. 185

[4]  Voir M.-C. Rafaneau-Boj : Odyssée pour la liberté: les camps de prisonniers espagnols 1939-1945. Paris 1993 , p. 173

[5] Une vue d´ensemble du système d´internement et des GTE du régime de Vichy chez Ch. Eggers, dans: Le Monde Juif,  no. 53, 1995, p. 73 - 75

[6]  ibid., p. 21

[7]  Voir M.-L. Cohen/E. Malo: p. 32

[8]  Voir "Handbook of the Organization Todt", dans: H. Singer, p. 178

[9]  Cité après F. W. Seidler, p. 141

[10]  Voir L. Stein , p. 186

[11] AD Gironde, signature « VRAC 444 », note du préfet à la  commandanture 529  du 19 août 1944

[12] Voir la publication de la  Société historique du Sud-Ouest: "La Forteresse Gironde-Sud". Hors série, janvier 1999, p. 125

[13]  ibid. p. 71

[14] Pour les chiffres, voir Ch. Dabitch : Bordeaux: 50 otages: un assassinat politique. Questions de mémoire 1940-1944. Montreuil-Bellay 1999, p. 34

[15] Renseignements de Monsieur  P. Sevilla, ancien travailleur forcé de l´organisation Todt à Bordeaux.