Peter Gaida

Mémoire de fin d´études : Travailleurs forcés pour Hitler et Pétain. Le mur de l´Atlantique en Aquitaine 1940-1944

 

Introduction

1. La France dans l´Europe d´Hitler

2. La France occupée 1940-1944

3. La collaboration de l´économie française

4. La « forteresse Europe »

5. L´Organisation Todt (OT)

6. Aquitaine sous l’occupation allemande 

7. Bordeaux, ville stratégique du IIIe Reich 

8. La base sous-marine de Bordeaux

9. Les « Espagnols rouges » de l´OT

10. La forteresse "Gironde-Sud"

Bilan

 

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Bordeaux, ville stratégique du IIIe Reich

 

Le 16 juin 1940, le conseil des ministres décide de proposer à l´Allemagne un armistice, et Maréchal Pétain est chargé de constituer un nouveau gouvernement. En conséquence, une partie du gouvernement part de Bordeaux avec le paquebot « Masilia » vers les colonies, et un secrétaire d´Etat, le général Ch. de Gaulle, quitte la ville par avion pour Londres. A Bordeaux, la IIIe République se divise en adversaire et sympathisant de l´armistice, et la ville devient le lieu de naissance de la politique collaborationniste.[1]

Quand les troupes allemandes entrent dans la ville, ils assistent à un spectacle surprenant : le préfet offre des fleurs au commandant allemand, et le maire organise un banquet à la mairie. Dès le départ, la collaboration est très étroite : avant que le régime ordonne l´internement des « ennemis du régime  » en septembre 1940, la police de Bordeaux procède  à l´internement des personnes suspects.[2] La politique et l´administration régionale acceptent volontairement la collaboration avec l´occupant.

En juin 1942, la direction de police de Bordeaux connaît un changement décisif : M. Papon devient le nouveau préfet de police. Chargé en juillet 1942 de la déportation des Juifs, il organise leur départ par la gare de Bordeaux ou ils se retrouvent dans des catacombes sous la gare, récemment redue publique par la SNCF. La déportation des Juifs girondins par M. Papon échappe de telle sorte aux habitants, et les trous de balle dans les catacombes indiquent des premières exécutions. De 1.600 Juifs déportés de Bordeaux à Auschwitz, uniquement trente survivent l’holocauste.

Papon démontre sa hâte de servir à l´occupant également dans la liquidation des bien juifs. Selon un de ses rapports non daté à la police allemande, il rapporte que le nouveau « commissariat pour des questions juives » a procédé à « l´aryanisation » des près de mille entreprises et terrains juives. La plupart des biens est vendue avant que le régime confirme officiellement les confiscations. Quant aux autorités allemandes, ils se contentent d´un rap-port mensuel. Face à la dépossession systématique des Juifs par les autorités françaises, il convient de supposer qu´ils étaient vraisemblablement au courant leur sort. [3]

Autre que la déportation et la dépossession des Juifs, les autorités locales rendent également service pour les réquisitions dans le Reich. Assisté par une presse publiant des articles enthousiastes pour le travail en Allemagne, jusqu´en janvier 1943, 10.000 ouvriers partent volontairement dans le cadre de la « Relève » pour le travail en Allemagne.

Avec l´introduction du STO, la police de Bordeaux crée même une unité spéciale pour la chasse aux réfractaires, la si nommée « brigade des oisifs ». En août 1943, Vichy félicite la ville pour ses efforts : « En ce qui concerne les résultats déjà acquis par les opérations pour la Relève, la région de Bordeaux se situe parmi les trois meilleurs. »[4] La région de Bordeaux évolue ainsi en pilier du travail forcé pour le III. Reich.

A coté d´une administration efficace, la ville dispose aussi d´un de plus important port en France, fort intéressant pour l´occupant. Le port de Bordeaux compte avant la guerre parmi le plus grand, avec le passage de 3.000 bateaux par ans transportant en 1938 un million tonnes de charbon et d´huile.[5]

Le port bordelais évolue pendant la guerre en un lieu stratégique : Il devient le port d´attache pour le commerce avec les alliées allemands, l´Espagne et le Japon. La marine allemande organise des nombreux aller-retours des navires commerciaux, amenant des métaux du Japon dans la ville, transférées ensuite sur les rails vers le Reich. Dans trois ans, les bateaux nommés « forceurs du blocus », transportent au total 217.000 tonnes de marchandises entre le Japon et Bordeaux.[6] Le port de Bordeaux sert ainsi au III. Reich de s´approvisionner avec des matières indispensables pour l´économie de guerre.

Autre que le port, Bordeaux possède aussi des grands vins, vite convoités par l´occupant. Dès juin 1940, un jeune commerçant allemand de Brême, H. Boemers, débarque à Bordeaux et organise pendant quatre ans en tant que « délégué pour l´import » la vente des vins bordelais vers le Reich. Par Boemers, les négociants bordelais disposent d´un moyen confortable pour la vente dans le Reich, et le paiement s´effectue discrètement par des banques américaines.[7] Entre 1942 et 1943, le jeune négociant allemand vende un million hectolitres vers le Reich, voire sept percent  de l´export français de 15 millions hectolitres au total.[8]

Quant aux ressources humaines, en septembre 1942 débute la réquisition de la main d´ouvre par la ville vue le maigre résultat de la « Relève » avec seulement 725 volontiers.[9] Le préfet envoie des nombreuses listes aux maires, et jusqu´en avril 1943, 4.000 hommes se présentent dans le bureau de l´OT. Les critères du choix restent obscurs, la plupart des réquisitionnés sont des employés sans expérience dans le bâtiment.[10]

L´OT évolue ainsi en plus grand employeur de la ville : en juin 1944, 31.000 ouvriers travaillent pour l´OT, 15.000 pour la marine allemande et l´armée de l´Air. Au total, 100.000 personnes travaillent dans la région de Bordeaux pour l´occupant. Afin de protéger la base marine et aérienne, la ville, faisant partie du mur de l´Atlantique, est fortifiée par vingt points d´appui sur les grands axes. Jusqu´en juin 1944, l´OT construit plus de 70 blockhaus à Bordeaux et dans ses environs.[11]

En juillet 1944, le port de la ville est aussi la cible d´un étonnant acte de sabotage. Un mois après l´invasion alliée en Normandie, les troupes allemandes à Bordeaux reçoivent l´ordre de quitter la ville. Afin de d´empêcher un débarquement allié à Bordeaux, le commandant est sollicité de détruire le port et les quais engendrant la mort de la population dans les environs.[12]

Cependant, le plan est déjoué par un jeune allemand, H. Stahlschmidt, officier de la Wehrmacht. Etant responsable pour le bunker avec les amorces nécessaires pour la destruction des quais, ce jeune soldat, ayant des bonnes relations avec des Français, décide de les faire exploser afin de rendre une destruction de la ville impossible. Questionné sur ses raisons, il déclare après la guerre : « La conscience est plus importante que la discipline. »[13]

Le 27 août 1944, l´armée allemande quitte la ville restée sans dommage. Afin d´empêcher un débarquement éventuel, l´occupant détruit quand même quelques installations portuaires, et la Gironde est rendue innavigable par plus des deux cents navires coulés. Après la guerre, des travaux importants sont nécessaires pour dégager le fleuve, et jusqu´à présent, quelques épaves demeurent toujours dans la Gironde.



[1] Voir F. Sallaberry : Aquitaine allemande. Bordeaux - Gironde - Landes - Pays Basque 1940-1945. Biarritz 1995, p. 9

[2] Voir D. Lormier : Bordeaux, brûle-t-il ? La Libération de la Gironde 1944. Bordeaux 1998, p. 59

[3] Voir M. Slitinsky: Bordeaux: Indiscrétion des archives de l'occupation. Questions de Mémoire 1939-1944. Montreuil-Bellay 1998, p. 70, rapport mensuel du préfet de police M. Papon au chef de la police secrète allemande de Bordeaux, sans date

[4] Citation et chiffres après R. Terrissé: Bordeaux 1940-1944. Paris 1993. p. 60 ff.

[5] Voir F. Sallaberry, p. 31

[6] ibid., p. 113

[7] Archives municipales de Bordeaux  (AM Bordeaux), signature "Nussbaum et Trémery 1938-1941", note du 18 mars 1942

[8] Voir. A. S. Milward, p. 258, H. Umbreit, p. 311

[9] AM Bordeaux , signature "7750 H2"

[10] AM Bordeaux , signature "7750 H1", listes des hommes réquisitionnés dans le cadre du STO, septembre 1942 à  avril 1943

[11] Archives de la Marine nationale à Vincennes, Etude de Colonel Delpuech, 1946: "Le mur de l'Atlantique",  signature II Doc 9, Annexe D "Etat des Travaux défensifs de la IV. Région du génie de forteresse du 25 juin 1944

[12] Voir D. Lormier : Bordeaux: La base sous-marine. Questions de mémoire 1940-1944. Montreuil-Bellay 1990 ,  p. 129

[13]  ibid., p. 134